Le monde des beaux-arts malgaches pleure la disparition d’Edouard Rajaona survenue mardi soir à l’âge de 75 ans, dans sa demeure familiale à Andrambato Itaosy.
«Il s’est battu vaillamment contre la maladie ces derniers mois avant de rendre l’âme hier soir », a confié hier son épouse à l’autre bout du fil.
Originaire de Betroka, Edouard Rajaona est un nom soyeux de l’art plastique et de l’art visuel malgache. Il a célébré ses 50 ans de peinture lors d’une exposition monumentale à l’Alliance française d’Antananarivo, du 10 au 28 février 2024. Une installation permanente est également accessible dans sa galerie « Ombalahy Bemaso » à Andrambato Itaosy. Grand maître de l’impressionnisme, Edouard Rajaona se plaît à représenter des sujets classiques comme les scènes de la vie rurale et les paysages. En sculptant, l’artisan travaille principalement avec le palissandre et le granite, des matières premières qu’ils récupèrent, à deux pas de son atelier, dans une carrière et un commerce de bois d’œuvre.
Ateliers des Arts Appliqués Malgaches
Edouard Rajaona figure parmi les derniers artistes sortants des Ateliers des Arts Appliqués Malgaches, écoles de Beaux-arts mise sur pied par l’administration coloniale à l’orée des années 30 dans la capitale malgache, avant que ceux-ci ne ferment définitivement leurs portes après la révolution de 1972. La malgachisation et notamment la rupture avec l’héritage de la colonisation constituent les principales revendications de la jeunesse en ces temps-là.
« Honnêtement, je n’ai jamais aspiré à devenir artiste. J’avais 18 ans, l’âge de la quête identitaire, la période durant laquelle tu veux faire plusieurs choses en même temps. Comme je connais les notions de base du dessin depuis l’école primaire, je me suis alors inscrit au concours d’entrée aux Ateliers des Arts Appliqués Malgaches. Une fois admis, j’ai pu me familiariser avec différentes disciplines allant de l’illustration à la décoration, en passant par le modelage, la publicité, le dessin à vue, le croquis, la peinture, la sculpture et bien d’autres encore », nous a-t-il confié dans une précédente interview. Parmi ses maîtres, on notera tout particulièrement l’illustre André Rakotoson et Raoul Rabemananjara.
Après avoir terminé son cursus, il fait son baptême de scène en 1976 à l’occasion d’une exposition personnelle au Cercle germano-malagasy. Son style impressionniste l’a emmené à exposer dans plusieurs galeries à et en dehors de Madagascar.
Le talent et le savoir-faire d’Edouard Rajaona ont été maintes fois récompensés, pour ne citer que le premier prix du concours de Char fleuri en 1950 et celui du concours de sculpture du Centre Culturel Albert Camus de Tananarive en 1997. Pour sa précieuse contribution au rayonnement de la culture malgache, il a été fait Officier de l’ordre des arts, des lettres et de la culture en 2012.
Joachin Michaël




