De vendeur de cacapigeons à dirigeant d’un groupe de six entreprises, Tahina Eritiana Randriarimanana relate son parcours et révèle comment réussir malgré l’absence de diplôme. Portrait.
Il existe une légende qui raconte l’ascension d’un simple livreur de lait devenu président de la République. Dans un autre registre, cette histoire 2.0 retrace le parcours d’un jeune homme qui vendait des cacapigeons au bord de la plage de Toamasina et qui est aujourd’hui devenu l’un des acteurs économiques influents du pays. Tahina Eritiana Randriarimanana est aujourd’hui le fondateur du Groupe Fiombonana MG, au sein duquel il dirige six entreprises. Chacune d’elles fait écho à un manque de son enfance, mais aussi à une fragilité qu’il a transformée en force.
Pour exemple, Global Language School MG, une école de langues, est née du fait qu’il a dû interrompre sa scolarité dès la classe de sixième. Gasyah MG, spécialisée dans la construction et les ouvrages métalliques, trouve son origine dans une jeunesse marquée par l’instabilité. “J’ai dû arrêter l’école en sixième pour alléger les charges de ma grand-mère, qui vendait des brèdes et des tomates à l’époque. Ma mère est décédée quatre jours après ma naissance et mon père n’a jamais été présent. Mon premier travail a été de puiser de l’eau. Je me souviens qu’à 15 ans, je gagnais 200 ariary par bidon”, confie-t-il.
Le déclic de Tahina Eritiana Randriarimanana survient à l’âge de 16 ans, lorsqu’il quitte sa ville natale de Faratsiho. Avec le peu d’argent économisé grâce au portage d’eau, il achète un billet pour Toamasina, déterminé à y trouver du travail. Sans diplôme, il postule un peu partout, en vain. « J’ai déposé des candidatures dans de nombreuses entreprises, mais aucune n’a voulu de moi. Ce qui me marque aujourd’hui, c’est que toutes celles qui m’ont refusé sont devenues aujourd’hui mes clientes », raconte-t-il. Face aux portes closes, il décide alors de vendre des cacapigeons au bord de la plage de Toamasina.
La chaleur empêche les clients de consommer des cacapigeons. Il se tourne alors vers la vente de jus de fruits. Puis, par pur hasard, en observant le lait se transformer au contact de l’ananas, il découvre qu’il est possible de fabriquer du fromage. Un déclic d’autant plus évident que sa ville natale est connue comme un bastion des producteurs laitiers. Convaincu par cette opportunité, il décide de contracter de petits prêts auprès des vendeurs installés autour de la plage afin de lancer son activité. “Je n’avais aucune famille pour m’aider et la banque a refusé mes demandes faute de garanties. J’ai dû emprunter auprès des personnes que je connaissais, et c’est grâce à ces prêts que j’ai démarré mon entreprise”, témoigne-t-il.
Tahina Eritiana Randriarimanana est surtout connu pour Fy’delikô, une entreprise spécialisée dans la transformation de produits laitiers et fruitiers locaux à Faratsiho. En 2016, il remporte le Anzisha Prize, qui distingue le meilleur jeune entrepreneur d’Afrique parmi des candidats issus de 54 pays. Loin de s’arrêter à cette reconnaissance, il poursuit son développement et continue d’innover.
Aujourd’hui, il dirige six entreprises réunies au sein du Groupe Fiombonana MG. Parmi elles, Fy’delicoli Transport est spécialisée dans le transport et la logistique internationale. L’entreprise collabore avec plusieurs compagnies aériennes et assure des livraisons à domicile dans des pays comme la Chine, Dubaï, la France et Maurice. Le groupe emploie actuellement plus de 30 salariés permanents et près de 300 collaborateurs non permanents. Animé par un esprit entrepreneurial affirmé, Tahina Eritiana Randriarimanana a également contribué à la création d’une trentaine d’entreprises à Madagascar. Pourtant, tout au long de son parcours, il n’a suivi aucune formation formelle. Ses nombreux voyages à l’étranger lui ont toutefois permis d’acquérir de l’expérience en observant et en apprenant directement auprès des entreprises qu’il a visitées.
“Je pense qu’il n’est pas forcément nécessaire d’avoir des diplômes pour réussir dans la vie. Dans notre groupe, nous avons des employés titulaires d’un bac +5. Ce que je conseille à ceux qui veulent se lancer, c’est de détecter un besoin et de créer une entreprise, en s’appuyant sur les compétences des autres pour faire grandir son activité. Il faut aussi commencer, même avec peu, même avec rien, juste avec une idée. L’entrepreneuriat, c’est comme un cahier aux pages blanches : c’est à toi d’écrire la première page, puis de remplir le reste. C’est l’ambition et la persévérance qui te pousseront à aller plus loin”, explique l’entrepreneur.
Nambinina Jaozara




