Relations franco-malgaches: Cinq coopérants militaires français sur la touche ?

Selon des informations révélées par le journaliste d’investigation français, Thomas Dietrich, la coopération militaire entre Madagascar et la France traverserait actuellement une zone de turbulence, après l’exfiltration de l’ancien président Andry Rajoelina par un avion de l’armée française.

Cinq coopérants militaires français en poste à Madagascar, auraient reçu l’ordre de ne plus se rendre sur leur lieu de travail pour des « raisons de sécu­rité » selon les informations relayées par le journaliste d’investigation français, Thomas Dietrich. Et il affirme qu’il s’agirait d’une mesure de rétorsion de la part du président de la Refondation, le colonel Mi­chaël Randria­nirina, après l’intervention française, pour exfiltrer l’ancien président, Andry Rajoe­lina. L’or­dre n’aurait toutefois pas fait l’objet d’une communication officielle afin de ménager les relations diplomatiques entre Antananarivo et Paris.
Selon Thomas Dietrich, neuf coopérants français étaient déployés auprès des forces de défense et de sécurité malgache, avant l’accession au pouvoir colonel Mi­chaël Randrianirina. Deux officiers en tant que conseil­lers de l’Etat-major général de l’armée, et les autres auprès de l’Académie militaire d’Antsirabe, de la marine, de l’armée de l’air et de la gendarmerie. Un officier de police judiciaire et un commandant de police, étaient également affectés à l’aéroport.

Une version contradictoire

Contacté à ce sujet, le général Nonos Mbina Ma­melison, commandant de la Gendarmerie nationale, a démenti ces informations en avançant que « les coopérants français sont toujours en poste actuellement au sein de la Gen­darmerie nationale. Ils inter­vien­­nent dans divers domaines tels que la formation, la sécurité intérieure, la lutte anti-drogue, la protection de l’enfance…».
Par ailleurs, des instructeurs français forment ac­tuellement les policiers malgaches à l’Ecole nationale supérieure de la Police (ENSP) à Mamory Ivato, marquant l’effectivité de la coopération franco-malgache dans le domaine de la sécurité. Cette formation porte sur l’intervention opérationnelle et la gestion des situations de « tuerie de masse ».

Contexte diplomatique

Les révélations de Tho­mas Dietrich interviennent dans un contexte où Ma­dagascar est particulièrement courtisé sur le plan diplomatique. La coopération russo-malgache dé­mon­tre la volonté de la Russie de renforcer son influence à Madagascar, dans l’optique de consolider la présence russe en Afrique.

De leur côté, les Etats-Unis multiplient les initiatives pour réchauffer les relations avec Madagascar. Le vote du Congrès américain en faveur de la prolongation du programme Agoa et l’absence de Madagascar dans la liste des 75 pays concernés par « la suspension à durée indéterminée du traitement des visas » témoignent de la vo­lonté de l’administration américaine de rafraîchir les relations avec Antananarivo.
Si les informations de Thomas Dietrich sont fondées, la France verra son influence diminuer à Mada­gascar avec l’intensification des échanges avec les autres puissances étrangères. Tou­tefois, le choix du régime de la Refondation de miser sur une diplomatie tous azimuts exclut probablement une volonté de couper le pont avec la France.
De même, à ce stade, ni l’ambassade de France à Madagascar ni les autorités malgaches n’ont confirmé ou démenti les informations de Thomas Dietrich. Les réactions officielles sont attendues afin de clarifier l’état réel de la coopération militaire entre les deux pays.

Tivo Rasam

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