Quelle finale ! Hier soir, sous les lumières du Stade Prince Moulay Abdellah plein à craquer, le Sénégal a arraché son deuxième titre de champion d’Afrique en battant le Maroc 1-0 dans une rencontre qui restera gravée dans les annales du football continental comme l’un des matches les plus fous, les plus tendus, les plus électriques qu’on ait vus.
Les Lions de la Teranga, solides comme un roc, ont fait plier les Lions de l’Atlas devant leur public, au terme d’un véritable thriller où l’arbitrage, les nerfs et le cœur ont tout emporté. Le match avait pourtant démarré sur un rythme prudent, les deux équipes se neutralisant dans un milieu de terrain verrouillé à double tour. Le Maroc, porté par une foule en transe, pressait haut, cherchant à étouffer les Sénégalais dès la récupération, mais la muraille verte tenait bon, repoussant les assauts d’Hakimi et des siens. Édouard Mendy, impérial dans les cages, sortait les parades qu’il fallait, tandis que Sadio Mané, en capitaine exemplaire, distillait ses accélérations pour faire mal en contre. Zéro à zéro à la pause, et déjà on sentait que ça allait se jouer sur un rien, sur une étincelle. La seconde période montait d’un cran, avec des duels rugueux et des occasions qui se multipliaient des deux côtés. Le Maroc poussait, mais la défense sénégalaise, bien en place, fermait toutes les portes. Puis vint le money time, ce temps additionnel où tout bascule. Un corner pour le Sénégal, une tête qui semblait faire mouche, mais l’arbitre, après consultation du VAR, refusait le but pour une faute sur Achraf Hakimi. Les Sénégalais hurlaient à l’injustice, les Marocains exultaient. Et là, le chaos. Dans les dernières secondes du temps additionnel, un contact dans la surface sénégalaise, l’arbitre désigne le point de penalty pour le Maroc. Penalty sévère, litigieux, qui met le feu aux poudres. Brahim Díaz s’avance, tente la panenka arrogante, cette petite pichenette si risquée… mais le ballon flotte au-dessus de la barre ! Raté ! Le stade retient son souffle, puis explose en un mélange de joie et de frustration. C’est à ce moment que tout dérape. Le sélectionneur sénégalais, fou de rage devant ce qu’il considère comme un hold-up arbitral, ordonne à ses joueurs de quitter la pelouse. Les Lions de la Teranga commencent à marcher vers les vestiaires, le match semble au bord de l’abandon, l’Afrique entière retient son souffle devant ce psychodrame. Mais Sadio Mané, le leader, le guerrier, prend les choses en main. Il harangue ses coéquipiers, les secoue : « On va jouer comme des vrais hommes ! » crie-t-il, selon plusieurs témoins dans le camp sénégalais. Les joueurs écoutent leur capitaine, font demi-tour, reviennent sur la pelouse sous les sifflets du public marocain. Le football reprend ses droits, direction la prolongation. Et en prolongation, les Sénégalais, galvanisés par ce sursaut d’orgueil, prennent l’ascendant. À la 93e minute, Pape Gueye, ce milieu infatigable, surgit comme un boulet de canon à l’entrée de la surface et envoie une frappe puissante, un missile qui va se loger dans la lucarne.
1-0 !
Le stade se fige, puis les supporters sénégalais, venus en masse, font trembler les tribunes. Le Maroc jette ses dernières forces dans la bataille, Regragui lance tous ses attaquants, les centres pleuvent, les Lions de l’Atlas poussent comme des diables pour égaliser, mais la défense sénégalaise, héroïque, tient le choc. Mendy sort les arrêts décisifs, et l’arbitre siffle la fin. Le Sénégal est champion ! Ce deuxième sacre, après celui de 2021 face à l’Égypte aux tirs au but, efface les cicatrices des finales perdues en 2002 et 2019. Les Lions de la Teranga, avec cette génération dorée portée par Mané, Koulibaly et Mendy, confirment qu’ils sont devenus une grande nation du foot africain, régulière, redoutable, capable de gagner dans l’adversité. Depuis leur première participation en 1965, ils ont disputé dix-huit phases finales, atteint quatre finales et en ont gagné deux. Une progression impressionnante. Pour le Maroc, la pilule est amère. Organisateur magnifique, les Lions de l’Atlas rêvaient d’un deuxième titre à domicile, quarante ans après le seul sacre de 1976, conquis dans un format atypique avec poule finale. Ils avaient déjà perdu la finale de 2004 contre la Tunisie, et voilà une troisième finale qui leur échappe. Walid Regragui, pourtant si brillant ces dernières années, et ses joueurs emblématiques comme Hakimi ou Faras dans l’histoire, repartent avec des regrets immenses. Les quarts de finale récents (2017, 2021, 2023) montraient la montée en puissance, mais à domicile, la pression a peut-être pesé trop lourd.
Naisa




