Formant des écosystèmes essentiels, un habitat pour une grande variété de vie marine, les herbiers marins souvent méconnus du grand public, subissent également les effets du changement climatique et les impacts humains. C’est le cas dans les estuaires d’Irodo et de Lokia (Diana), de Morombe et d’Androka (Atsimo Andrefana), qui a fait l’objet de recherche réalisée par Mira Sambazy, une étudiante en Master en Gestion durable de la biodiversité et de l’environnement à l’Institut Halieutique et des Sciences Marines (IH.SM) de l’Université de Toliara. Elle a fait le point sur son travail.
* Les Nouvelles : Qu’est-ce qui vous a motivé ce choix du sujet de mémoires ?
– Mira Sambazy : Pour quatre raisons principales. D’abord l’urgence écologique méconnue car les herbiers marins jouent un rôle écologique et halieutique. Ils stimulent les biodiversités. Ensuite, ces plantes marines renferment des ressources vitales pour les communautés côtières dont des poissons et de nombreuses espèces marines. La troisième
raison est qu’à Madagascar, les estuaires subissent de fortes pressions sédimentaires liées à la déforestation, à l’érosion des bassins versants et aux catastrophes naturels extrêmes. Enfin, en choisissant deux régions aux climats contrastés, le Nord humide et le Sud semi-aride, j’ai voulu adopter une approche comparative novatrice en posant la question encore peu explorée à nos jours mais cruciale pour une gestion différenciée des territoires, de savoir comment la saisonnalité influence la résilience des herbiers ?
*En un mot, leur déclin aurait des conséquences néfastes sur les milieux aquatiques et les moyens d’existence des populations côtières…
-Pour information, grâce à leur intense capacité de stockage du carbone ces écosystèmes pourraient séquestrer jusqu’à 3 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Les herbiers marins contribuent aussi au recyclage de nutriment, à l’amélioration de la qualité de l’eau et à la stabilisation des fonds marins. Ils jouent un rôle crucial dans la protection côtière et l’économie de la pêche.
*Qui sont ainsi les cibles de cette étude ?
– Les principales cibles sont les gestionnaires d’aires marines protégées et les décideurs publics, afin de considérer les herbiers dans les politiques de gestion. Ensuite, les communautés côtières, qui dépendent des herbiers pour la pêche artisanale. Les organisations de conservation
et les bailleurs de fonds, engagés dans la protection des écosystèmes marins, sont également concernés. Enfin, la communauté scientifique, notamment les chercheurs qui s’intéressent à la résilience des écosystèmes côtiers face aux changements climatiques.
* Quelles sont vos perspectives et vos objectis ?
– Cette étude ouvre plusieurs perspectives concrètes. Il serait crucial d’établir un suivi à long terme des herbiers pour mieux comprendre leur évolution face aux changements climatiques et aux pressions humaines. Approfondir les mécanismes de tolérance aux sédiments chez des espèces clés comme Zosteracapensis pourrait éclairer des stratégies de conservation ciblées. Troisièmement, les projets de restauration, menés avec les communautés locales, permettraient de tester des techniques de réhabilitation des estuaires dégradés. Enfin, des actions de sensibilisation adaptées (pêcheurs, élèves, autorités) et un plaidoyer pour l’intégration des herbiers dans les politiques côtières compléteraient cette approche.
Propos recueillis par Sera R.




