L’honneur de l’armée est en jeu…

La crise chronique de l’électricité n’est plus seulement un problème technique ou financier. Elle est devenue un test politique, institutionnel et désormais militaire. Avec la nomination du général Hajatiana Rasolomanana à la direction générale de la Jirama et celle du général Itibar Ottman à la présidence du Conseil d’administration, la Présidence de la République a clairement décidé de reprendre la main sur un dossier devenu explosif.
Ce choix marque une rupture. Après des années de gestion civile, et même étrangère avec Ron Weiss, sans résultats tangibles, l’Etat fait appel aux militaires, réputés pour leur discipline, leur sens de l’ordre et de la responsabilité. En s’engageant directement dans la gouvernance d’une entreprise stratégique, les officiers supérieurs acceptent de sortir de leur rôle traditionnel pour entrer dans l’arène du jugement populaire.
Le redressement de la Jirama exige une organisation rigoureuse, des moyens et, surtout, des résultats tangibles pour une population à bout de patience. L’ultimatum d’une semaine donné aux auteurs de branchements illégaux — ainsi qu’aux agents complices — illustre cette volonté d’imposer l’autorité de l’Etat. Passé ce délai, le général Hajatiana Rasolomanana annon­ce des contrôles et des poursuites stricts.
Cette approche musclée donne le ton. Elle peut rétablir l’ordre, assainir le réseau et restaurer la crédibilité d’une entreprise publique sinistrée. Mais la situation comporte aussi un risque majeur : celui d’exposer l’armée à un échec qui dépasserait largement les individus engagés dans cette mission.
Car en prenant la tête de la Jirama, l’armée engage son honneur à travers ces deux officiers. Elle ne pourra se réfugier ni derrière l’héritage des anciennes gestions ni derrière la complexité du secteur énergétique malgache. Dans ce dossier, elle ne sera pas jugée sur ses intentions, mais sur la lumière qui revient ou non durablement dans les foyers.
Le pari est audacieux, mais l’histoire retiendra une chose : en entrant dans la bataille de l’électricité, l’armée, avec ces deux généraux, a accepté d’être jugée non sur ses discours, mais sur ses résultats.

Tivo Rasam

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