Quand l’arnaque passe par l’écran

Il fut un temps où, pour se faire escroquer, il fallait presque croiser quelqu’un, lui serrer la main, lui remettre de l’argent et espérer ne jamais le revoir. Aujourd’hui, plus besoin de tout cela. Quelques clics, un faux profil, un message bien rédigé et l’affaire peut être conclue depuis l’autre bout du monde. L’escroquerie a, elle aussi, fait sa révolution numérique.
Le sujet est désormais suffisamment sérieux pour arriver jusqu’à la table du Conseil des ministres. Madagascar entend renforcer sa coopération internationale dans la lutte contre les escroqueries commises par téléphone ou en ligne. Une démarche qui s’inscrit notamment dans le rapprochement sécuritaire avec la Chine, qui prône la création d’une coalition mondiale contre ce phénomène.
Car derrière une arnaque en ligne, il n’y a pas seulement un écran et un numéro de téléphone. Il y a souvent une personne qui perd ses économies, une entreprise qui voit ses données compromises ou une famille qui tombe dans un piège savamment préparé. Un drame social démultiplié dans un pays où la majorité de la population vit dans la précarité.
D’ailleurs, le paradoxe est saisissant : Madagascar veut accélérer sa transformation numérique, attirer les investissements et développer les services en ligne. Or, plus une société se numérise, plus elle doit apprendre à se protéger.
L’enjeu est donc double : il faut traquer les auteurs de ces fraudes, mais aussi renforcer la prévention. Car dans ce domaine, la meilleure opération policière reste un citoyen capable de reconnaître un piège avant de cliquer.
Cela étant, il faudra éviter de cantonner la lutte contre l’escroquerie à une simple chasse aux fraudeurs. Il faudra également investir dans l’éducation numérique, la sensibilisation et la protection des données. Le citoyen doit apprendre qu’un message urgent n’est pas forcément important, qu’un cadeau inattendu cache souvent une mauvaise surprise et qu’un joli profil sur les réseaux sociaux ne constitue pas une pièce d’identité.
Au fond, la lutte contre la cybercriminalité est avant tout une question de confiance : confiance dans le numérique, dans les institutions et dans les transactions électroniques. Un défi majeur, et loin d’être simple.

Rakoto

Partager sur: