Richard Ratsimandrava: l’héritage d’une souveraineté à construire

« Tsy miamboho adidy aho, mon Général », traduit littérallement par « Je ne tourne pas le dos à mes responsabilités et à mon devoir », déclarait solonnellement le colonel Richard Ratsimandrava, le 5 février 1975, au moment où le Général Gabriel Ramanantsoa, à la tête de la transition militaire de 1972 à 1975, après la chute de Philibert Tsiranana, lui avait remis les pleins pouvoirs pour diriger le pays, dans un contexte d’instabilité profonde.

Six jours plus tard, le 11 février 1975, il était victime d’un assassinat à Ambohijatovo. Et 51 ans après alors que Madagascar engage la refondation de la République et la reconquête de sa souveraineté économique, sous la présidence du Colonel Michaël Randriani­rina, cette phrase célèbre resonne encore tout autant, comme un appel à la responsabilité collective et à l’engagement citoyen.
Même si le colonel Ri­chard Ratsimandrava n’avait gouverné Madagascar que pendant 6 jours, lui et son mentor Fety Michel avaient posé les bases d’une vision radicalement différente de l’Etat malgache.

Refondation depuis la base
Cheville ouvrière d’un pouvoir centralisé hérité de la période post-coloniale, le Colonel Richard Ratsiman­drava prônait une gouvernance qui plaçait le Foko­nolona, au cœur de l’action publique. C’est une cellule sociale traditionnelle appelée à devenir le socle de la décision politique, économique et sociale.
La refondation de l’Etat ne pouvait venir d’en haut. Elle devait s’opérer depuis la base et les communautés locales, responsabilisées et associées directement à leur propre développement. Une idée révolutionnaire à l’époque, mais qui trouve aujourd’hui un écho particulier dans les discours officiels sur la gouvernance de proximité et la participation citoyenne.
En effet, le ministère d’Etat chargé de la Refon­dation de la République au­près de la présidence, veut impliquer directement le fokontany et le fokonolona dans le processus de concertation nationale, en vue de la 5e République.

Conception exigeante du pouvoir
La vision de Ratsiman­drava ne se limitait pas à réorganiser et restructurer les institutions. C’était aussi une vision ambitieuse et claire, celle de remettre l’économie malgache à sa vraie place, au service des Malga­ches.
51 ans plus tard, cette vision reste un idéal inachevé face aux vulnérabilités économiques persistantes, à la dépendance aux importations et à la pression des marchés extérieurs, la question de la souveraineté économique au cœur du débat public. Le plaidoyer du gouvernement en faveur de la promotion de l’entrepreneuriat des jeunes et la valorisation des ressources locales, rappellent les objectifs de Richard Ratsimandrava en 1975.
Au-delà des politiques publiques, Ratsimandrava laisse un héritage moral puissant. Sa célèbre «Tsy miamboho adidy aho, mon Général» résume une con­ception exigeante du pouvoir.
Gouverner n’était pas, pour lui, un privilège, mais un devoir. L’autorité ne tirait sa légitimité que de l’intégrité et du service de l’intérêt national. «Ho an’ny Tanin­drazana», comme le déclare les militaires et le colonel Michael Randrianirina à la fin de leur discours.
Mais les péripéties de l’histoire rappellent que la souveraineté ne se décrète pas, elle se construit. Qu’elle repose autant sur des institutions solides que sur l’engagement des citoyens et l’intégrité des dirigeants.

Tivo Rasam

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