Alors que la tempête diplomatique et sportive entre le Maroc et le Sénégal continue de souffler sur le continent, le jury d’appel de la Confédération africaine de football (Caf) a frappé un grand coup ce jeudi. En application stricte de l’article 84 de son règlement, il a déclaré l’équipe sénégalaise forfait lors de la finale de la Can 2025, homologuant le score de 3-0 en faveur de la fédération royale marocaine de football (FRMF). Une décision qui fait grincer des dents à Dakar mais qui, pour les connaisseurs, n’est que l’application du « texte » face au « terrain ».
Me Renaud Duchêne, avocat aux barreaux de Paris et de Bruxelles, ancien juriste du RSC Anderlecht et membre du cabinet TactX, ne tourne pas autour du pot. Présent dans les tribunes de la finale, il confie sans ambages : « J’avais personnellement assisté au match. Quand j’ai vu les joueurs rentrer aux vestiaires, je me suis demandé s’ils mesuraient réellement la portée de leur geste. Selon les règlements, refuser de reprendre le jeu et quitter le terrain, c’est tout comme abandonner le match. L’arbitre aurait pu siffler la fin de la rencontre et donner la victoire au Maroc. Il ne l’a pas fait, sans doute pour des raisons extra-sportives, car c’est une bombe à retardement pour un homme en noir. Sur ce point, j’ai été scié que la situation ait été laissée en suspens ».
L’avocat belge poursuit, imperturbable : « La procédure a suivi son cours : première instance, puis appel de la FRMF. La décision du jury d’appel de la Caf est donc cohérente comme un coup franc bien tiré. Ce qui se passe aujourd’ hui n’est en réalité que l’application stricte du règlement ». Me Duchêne tient la dragée haute aux sceptiques : « Un recours au Tribunal Arbitral du Sport ne remet pas immédiatement en cause la décision de la Caf, mais elle peut être réexaminée à un autre niveau. La procédure d’appel a été menée dans les règles, délais et garanties procédurales respectés. En principe, le TAS ne rend pas de décisions absurdes. Avec une défense solide et un avocat compétent, la procédure devrait suivre une logique juridique qui ne laisse rien au hasard ».
Le Maroc ne vole rien
Sur les ondes de la COPE, dans l’émission phare *El Partidazo*, l’analyste Amine Birouk refuse de tomber dans le folklore. Il déplace le débat avec la précision d’un chirurgien : « La primauté du Texte sur le Terrain. Dès l’instant où une équipe quitte la pelouse, même temporairement, elle s’autoexclut ». Birouk poursuit : « le Maroc ne vole rien, il se soumet à la justice sportive ». Il rassure ainsi la Fifa et le TAS sur le sérieux de sa partie.
L’avocat français Patrick Rode, spécialiste du droit des médias et du sport, pointe du doigt le recours annoncé au TAS : « Chances de succès ? Faibles comme un tir dans les nuages. Le TAS scrute les erreurs de procédure, l’arbitraire, la disproportionnalité. Rien de tout cela n’apparaît ici. Argument possible : le match a repris ? Ou la responsabilité partagée de l’arbitre ? Mais ce sera le levier décisif. La pression politique est forte, la réalité sportive et la réalité juridique sont sur une trajectoire de collision. La probabilité d’annulation reste faible ».
Daniel Riolo, l’analyste tranchant de RMC, enfonce le clou avec son franc-parler habituel : « Le risque dès le départ était de créer un précédent du fait que l’arbitre n’a pas mis en application les sanctions stipulées par la loi. On assiste à plusieurs situations où des équipes quittent le terrain pour contester l’arbitrage, un phénomène dangereux ». Il cite le cas récent d’une équipe turque qui a fait de même dimanche. Pour Riolo, « le Maroc avait parfaitement raison de demander le respect du règlement en vigueur », comme l’a bien affirmé la FRMF. « Qui ne dit mot consent… mais là, le Maroc a parlé, et la Caf a écouté ».
Naisa




