A l’approche de la nomination des nouveaux membres du gouvernement, annoncée pour ce début de semaine par le président Michaël Randrianirina, une question s’impose dans le débat public : la génération qui a contribué à faire tomber le régime de Andry Rajoelina aura-t-elle enfin sa place dans l’Exécutif ?
Porté par une mobilisation inédite, le mouvement Gen Z s’était imposé comme un acteur décisif lors des événements d’octobre 2025. Dans la foulée, nombreux étaient ceux qui imaginaient l’émergence rapide de nouveaux visages politiques, capables d’incarner un renouveau profond.
La réalité du pouvoir en période de crise a rapidement rebattu les cartes. Confronté à des urgences économiques et diplomatiques, le régime de transition a jusqu’ici privilégié des profils expérimentés. La composition du prochain gouvernement pourrait être une dernière opportunité pour les représentants de ce mouvement d’accéder à des postes de ministre durant la période de refondation.
Eviter la marginalisation
Conscients de cet enjeu, certains membres du mouvement ont décidé de franchir le pas. C’est le cas de Herizo Andriamanantena, qui a officiellement affiché ses ambitions ministérielles. Se positionnant comme le représentant d’une jeunesse prête à gouverner, il a déclaré : « Madagascar mérite des responsables compétents, visionnaires et profondément engagés ». Avec cette candidature, il affiche clairement sa stratégie : transformer le capital politique acquis dans la rue en pouvoir institutionnel.
Mais le temps presse. Une fois la concertation nationale enclenchée, la logique politique pourrait changer. La légitimité ne reposerait plus sur la dynamique des mobilisations, mais sur des mécanismes de représentation ancrés dans les territoires et les structures locales. Dans ce contexte, intégrer le gouvernement aujourd’hui apparaît, pour certains, comme la seule manière d’éviter une marginalisation durable.
Impact réel
Cette stratégie est loin de faire l’unanimité au sein du mouvement. Un autre courant, porté par Dera Rabarijaona, rejette toute participation immédiate au pouvoir. Pour lui, l’enjeu dépasse la conquête de postes ministériels. Le risque de voir la dynamique de changement se diluer dans des logiques de partage de pouvoir, au détriment des revendications initiales, est effectivement important.
Ce courant plaide donc pour une transformation en profondeur du système, avec la mise en place de mécanismes durables d’insertion des jeunes dans l’économie, notamment face à un chômage persistant. Formation professionnelle, accompagnement à l’entrepreneuriat, réforme des politiques publiques d’emploi… autant de chantiers qu’il juge prioritaires. Cette approche s’inscrit dans une logique de long terme, où la légitimité politique ne se mesure pas au nombre de postes occupés, mais à l’impact réel sur les conditions de vie des jeunes.
Tivo Rasam




