Grossesse non désirée : Six femmes sur 100 arrivent à l’hôpital après un avortement à risque

Elles ne viennent pas pour accoucher. Elles viennent pour survivre. Six femmes enceintes sur 100 sont admises dans les structures de santé à cause de complications liées à un avortement. Un chiffre brut, presque froid. Mais derrière, une réalité brûlante : celle d’un système sous tension et de femmes contraintes à des choix risqués.

Révélé à Antaninare­nina lors de la présentation du Rapport national sur la santé de la reproduction piloté par le ministère de la Santé publique avec
la collaboration de l’UNFPA et de l’OMS, ce taux agit comme un révélateur. Celui d’une crise silencieuse où les grossesses non désirées, les pratiques clandestines et les défaillances structurelles s’entremêlent.

Car dans l’ombre, l’avortement clandestin existe bel et bien. Entre 46 % et 63 % des grossesses non planifiées s’y terminent, souvent dans des conditions précaires, selon ce Rapport. Résultats : hémorragies, infections, complications graves… et des femmes qui arrivent à l’hôpital trop tard, parfois au bord du pire.

Sur le terrain, les soignants font face, malgré des conditions précaires. L’avor­tement étant interdit par la loi, ils interviennent uniquement pour traiter les complications. « Il s’agit d’un devoir et d’une responsabilité, car il est question de sauver des vies », rappelle Miaritoky Herin­drainy Rajoelina, directeur de la santé familiale au mi­nistère de la Santé publi­que. Mais entre manque de ma­tériel, pénurie de médicaments et formation parfois insuffisante, leur marge d’action reste limitée. A cela s’ajoute un vide juridique qui fragilise leur intervention.

Accès limité à la contraception

A l’origine de cette chaîne de drames : l’accès limité à la contraception. Le rapport pointe une réalité persistante : 27 % des femmes célibataires sexuellement actives ne peuvent pas utiliser les méthodes contraceptives qu’elles souhaitent. Entre contraintes sociales, manque d’information et ruptures de stock, le choix reste souvent théorique.

Conséquence directe : des grossesses non désirées se multiplient, notamment chez les jeunes. Les adolescentes paient un lourd tribut: elles représentent 17 % des décès maternels. Trop jeunes, mal informées, parfois isolées, elles se retrouvent en première ligne.

Violences silencieuses

Mais au-delà des chiffres, un autre facteur s’impose : les violences basées sur le genre. Dans de nombreux cas, les femmes n’ont pas la maîtrise de leur santé reproductive. Certaines vont jusqu’à cacher l’utilisation de contraceptifs, de peur de subir violences ou abandon.

Dans ce contexte, chaque grossesse non désirée de­vient un dilemme ; chaque avortement clandestin, un risque.

Avec un ratio de mortalité maternelle toujours élevé, 445 décès pour 100.000 naissances vivantes, Madagascar reste face à une urgence sanitaire persistante. Le rapport appelle à une refonte en profondeur : améliorer l’accès à la planification familiale, ren­forcer l’éducation sexuelle, sécuriser les soins après avortement et mieux protéger les soignants.

Fahranarison

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