Reforme monétaire : la BFM fixe ses priorités

La collecte d’idée se poursuit. Après avoir rencontré le milieu académique et économique, la Banky Foiben’i Madagasikara (BFM) se déplace au cœur de la population. C’est au Palais des sports qu’il décide d’écouter l’avis du public concernant son initiative de réforme monétaire, le 31 mars. Tour d’horizon des principaux objectifs de cette consultation nationale.

Adapter la monnaie aux réalités de l’économie
Adapter la monnaie en circulation aux besoins de l’économie nationale. C’est le principal axe mis en avant par le gouverneur de la Banque centrale, Aivo Randrianarivelo, lorsqu’il a présenté les objectifs de la consultation nationale tenue au Palais des sports le 31 mars. L’initiative consiste à recueillir les avis de la population sur le type de monnaie à privilégier, qu’il s’agisse de la forme, des matériaux ou des dénominations, afin d’orienter les décisions de l’institution. L’idée de réintroduire les pièces dans les échanges a trouvé un écho auprès de certains citoyens lors des échanges avec le public.

En effet, la structure monétaire actuelle repose sur huit billets – dont celui de 20 000 ariary, utilisé à hauteur de 71,82% et treize pièces de monnaie largement tombées en désuétude. Dans l’hypothèse d’une suppression de deux zéros, la BFM mise sur la réintroduction des pièces dans les transactions quotidiennes, les petites unités redevenant plus facilement utilisables. Un avantage non négligeable, d’autant que les billets en coton actuellement en circulation ont une durée de vie de six mois seulement, contre une dizaine d’années pour une pièce. Dans cette perspective, la BFM envisage de convertir certains billets en monnaie métallique.
Outre le fait d’être pratique, car acheter 1 kg de riz à 3 000 ariary reviendrait à le payer 30 ariary, cette mesure pourrait transformer les habitudes de paiement. Les consommateurs ne seraient plus contraints d’arrondir systématiquement à la hausse des prix comme 2 990 ariary en grande surface. Par ailleurs, le recours accru aux pièces pourrait renforcer l’inclusion financière. Dans un contexte où une partie de la population n’a pas accès aux services de paiement numériques ou aux cartes bancaires, elles permettent à tous les citoyens, quel que soit leur niveau de vie, de participer à l’économie.

Simplifier et non redresser
La BFM a également insisté sur un autre point : “une réforme fiduciaire sert à simplifier l’utilisation quotidienne de l’argent, le calcul des prix et la gestion comptable. Elle ne corrige pas les déséquilibres économiques. Une redénomination, c’est-à-dire la réduction de la valeur nominale par suppression de zéros, n’améliorera pas le pouvoir d’achat.”

Pour produire un effet réel sur le niveau de vie des malgaches, la BFM préconise une approche en quatre axes : une politique monétaire crédible pour maîtriser les prix, une amélioration de la productivité nationale, une main-d’œuvre qualifiée et pas uniquement bon marché, et enfin une politique de revenus cohérente, à travers les salaires, les allocations familiales, les retraites, les bourses d’études ou les aides sociales.

Des risques à anticiper
Hugues Bonshe Makalebo, président de l’Association professionnelle des banques (APB), a dressé la liste des défis à surmonter en cas de réforme. Le premier est logistique. “Les agences et points de distribution devront faire face à un afflux prévisible vers le cash”. Selon le président de l’APB, cette mesure nécessiterait “un ajustement opérationnel conséquent”.

Le deuxième est technique. “L’ensemble des systèmes informatiques – à commencer par le core banking, qui centralise toutes les opérations clients – devra être entièrement reparamétré pour assurer la continuité des opérations avec la nouvelle valeur nominale.” Les distributeurs automatiques devront également être recalibrés avec le nouveau système, et un dispositif anti-contrefaçon devrait être mis en place estime Hugues Bonshe Makalebo.

Le troisième risque est comportemental. Face à l’incertitude, une partie de la population pourrait être tentée de retirer ses économies pour les sécuriser à travers les biens matériels. Pour prévenir ce scénario et préserver la confiance des clients, Hugues Bonshe Makalebo plaide pour une campagne massive de communication, d’éducation et de pédagogie. Le message à faire passer est simple : “nous sommes face à un changement de valeur faciale, pas à une modification de la valeur économique des biens et services.”

Par ailleurs, le secteur bancaire, présent également durant les échanges au Palais des sports, affirme vouloir s’engager à participer à cet effort de sensibilisation, en lien avec toutes les autorités concernées. L’objectif est de rassurer les clients sur la disponibilité des agences et des distributeurs, la transparence des opérations, et surtout sur le fait que les contrats en cours avec les banques demeureront inchangés. Du côté de la BFM, le gouverneur a confirmé que des organisations de la société civile seront mobilisées pour les campagnes de sensibilisation.

Lors de ses interventions, le gouverneur Aivo Randrianarivelo a également apporté des précisions sur les motivations d’une réforme monétaire. Il a notamment rappelé que la BFM procède au renouvellement de ses billets, ou à une réforme fiduciaire, tous les dix ans, conformément à ses missions. L’institution dispose également d’une indépendance opérationnelle dans la détermination et la mise en œuvre de la politique monétaire et de change, qui figure parmi ses principales attributions. Le gouverneur a par ailleurs tenu à préciser qu’aucun financement issu du budget de l’État ne sera mobilisé. La Banque centrale dispose en effet de ses propres ressources pour mener à bien son initiative, dès qu’une décision sera prise. Le gouverneur de la Banque centrale indique également que la mise en œuvre de la réforme par la BFM prendrait environ deux ans après qu’une décision soit prise.

Joshua Patrick

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