A Madagascar, le chômage des jeunes ne se résume pas à une simple insuffisance d’emplois. Il révèle un décalage plus profond, presque silencieux, entre les aspirations d’une génération et les réalités d’un marché du travail encore fragile. Les jeunes d’aujourd’hui grandissent dans un monde connecté, exposés à des modèles de réussite rapides, visibles et souvent idéalisés. Ils rêvent d’emplois stables, bien rémunérés, valorisants. Mais en face, l’économie locale offre surtout précarité, débrouille et secteur informel.
Ce fossé nourrit une frustration croissante. Beaucoup refusent des opportunités jugées peu dignes de leurs diplômes ou de leurs ambitions. D’autres, faute de perspectives, finissent par accepter des emplois en dessous de leurs qualifications, avec le sentiment d’un déclassement. Entre résignation et désillusion, une partie de la jeunesse se retrouve ainsi piégée dans une attente prolongée, espérant un emploi qui correspond davantage à ses attentes qu’à la réalité disponible.
Faut-il pour autant pointer du doigt ces jeunes ? Ce serait une erreur. Leurs attentes ne sont pas déconnectées du monde, elles traduisent une volonté légitime de mieux vivre, de s’élever socialement, de participer à une modernité à laquelle ils ont désormais accès, ne serait-ce que virtuellement. Le véritable enjeu réside plutôt dans l’incapacité du système à accompagner cette évolution des mentalités.
Il devient urgent de réconcilier ambitions et réalités. Cela passe par une meilleure orientation, une valorisation du travail sous toutes ses formes, mais aussi par une transformation progressive du tissu économique. Car une jeunesse qui doute est une jeunesse qui s’impatiente. Et une jeunesse qui s’impatiente est un défi pour l’avenir.
Tivo Rasam




