Paradoxe sud-africain

Les citoyens de 32 Etats africains, dont les Malgaches, titulaires d’un passeport ordinaire, peuvent se rendre en Afrique du Sud, sans besoin de demander préalablement de visa, a rappelé récemment Pretoria. Sur le papier, la mesure correspond parfaitement au discours d’intégration régionale défendu par Pretoria. Mais derrière cette frontière juridiquement ouverte, se dessine une autre frontière, celle de la cristallisation xénophobe, des intimidations et des contrôles extrajudiciaires contre les ressortissants africains.
Depuis plusieurs semaines, une vague de mobilisations anti-migrants secoue l’Afrique du Sud. Des manifestants accusent les étrangers d’occuper les emplois, d’alimenter la criminalité et d’exercer une pression excessive sur les services publics. Selon les chiffres, plus de 53.000 migrants africains, dont l’artiste malgache Papa James et sa famille, auraient été expulsés ou rapatriés dans le cadre de la campagne migratoire menée par les autorités sud-africaines et des opérations de retour organisées par plusieurs pays.
Le président Cyril Ramaphosa cherche pour sa part à concilier le contrôle de l’immigration irrégulière avec la lutte contre la xénophobie. Il rappelle que seuls l’Etat, la police et les services d’immigration peuvent effectuer des contrôles et que les citoyens ne doivent pas se substituer aux autorités. En tout cas, Pretoria peut difficilement se présenter comme la capitale diplomatique de l’intégration africaine si ses rues deviennent, pour certains ressortissants du continent, des frontières plus redoutables que les postes d’immigration.
L’exemption de visa accordée aux Malgaches et à d’autres Africains représente une ouverture réelle. Mais cette ouverture restera politiquement incomplète tant que la sécurité, la dignité et l’égalité devant la loi ne seront pas garanties après le passage de la frontière.
Pour Madagascar, le paradoxe sud-africain revêt une signification particulière. L’Afrique du Sud demeure un par­tenaire stratégique, une plateforme commerciale et financiè­re, ainsi qu’un point de passage important vers le continent.
La relation est cependant asymétrique. Depuis qu’elle dirige la Sadc, l’Afrique du Sud exerce une influence directe sur les dossiers politiques malgaches. Elle a également demandé aux autorités malgaches de transmettre une feuille de route nationale et des rapports réguliers sur le processus politique, tout en réaffirmant son engagement en faveur du retour à l’ordre constitutionnel et à la gouvernance démocratique. Et si l’Afrique du Sud demande à Madagascar de respecter les principes régionaux de démocratie, de stabilité et d’Etat de droit, elle doit elle-même veiller à ce que les ressortissants malgaches et africains présents sur son territoire soient protégés par ce même Etat de droit.

Rakoto

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