Créé il y a plus d’une décennie en Birmanie, le prix Schuman des droits de l’homme s’impose aujourd’hui comme un symbole fort de reconnaissance pour celles et ceux qui incarnent les valeurs fondamentales de l’Union européenne. Hier, l’ambassadeur de l’Union européenne a offert des prix Shuman à des artistes, des militants, des jeunes méritants, lors d’une cérémonie à la résidence de l’Union européenne à Tsarasaotra.
«Pour marquer la diplomatie, certains proposent des légions d’honneur, d’autres des croix de la Valeur, mais l’Union européenne propose le prix Shuman», raconte Roland Kobia, ambassadeur de l’Union européenne à Madagascar. Ce prix met en lumière des parcours engagés autour des droits humains, de la justice sociale et de l’Etat de droit, récompensant ceux qui partagent les valeurs de l’UE.
A Madagascar, cette distinction prend une dimension particulière. «Le pays vit un moment de mutation. Le changement commence de l’intérieur… ce sont les citoyens, les artistes les institutions et les acteurs engagés qui façonnent l’avenir», souligne l’ambassadeur de l’UE appelant à une culture de la transparence. Ainsi, le prix Schuman devient un message de confiance adressé à la société civile et à la jeunesse malgache, et aux artistes.
La première lauréate, Kemba Ranavela, incarne ce combat. Défenseure des droits humains, elle lutte contre les discriminations, les violences et le mariage précoce, tout en s’engageant pour l’accès à un avortement sécurisé. «Il ne s’agit pas de changer les mentalités, mais l’environnement», affirme-t-elle, soulignant une approche pragmatique du changement social.
En deuxième position, Ketakandriana Rafitoson, fondatrice de Wake Up Madagascar, porte un plaidoyer fort contre la corruption et pour la justice sociale. Pour elle, «recevoir un prix est une responsabilité», et surtout une voix pour «ceux qui se battent dans l’ombre». Son espoir reste simple mais puissant : léguer un pays à ses enfants où dire la vérité ne suscite plus la peur.
Les artistes à l’honneur
Les distinctions suivantes sont dédiées aux créateurs et artistes de divers horizons. Au cinéma, Luck Razanajaona, avec «Disco Afrika. Une histoire malgache», donne voix à une jeunesse désillusionnée. «Avant d’être cinéaste, j’étais animateur social aux quartiers des 67 Ha, d’Andavamamba et d’Anosibe. J’étais à l’écoute des jeunes. Et actuellement, je porte leurs voix à travers le cinéma», déclare-t-il.
En musique, Rajery s’engage pour la préservation du patrimoine musical. Depuis plusieurs années, il a collaboré avec des artistes du terroir pour conserver les musiques traditionnelles et folkloriques malgaches. En littérature, Hary Rabary transforme son roman «Za koa» en outil de lutte contre les violences faites aux femmes, un livre qui est adapté en théâtre avec Miangaly Théâtre et qui a permis d’avoir davantage de public. Puis, le journaliste scientifique Rivonala Razafison était aussi parmi les lauréats, lui qui a remporté la médaille d’argent du Prix Prince Albert II de Monaco sur le thème environnement et changement climatique. Ensuite, l’association Ikala Stem, représentée par Niry Lanto Rasolozaka, a été reconnue pour sa mission visant à encourager les jeunes filles à se lancer dans les sciences, les technologies, l’ingénierie et les mathématiques.
Enfin, un prix spécial a été décerné à la jeunesse malgache. «Qu’il soit issus de la Gen Z, Y ou X, ces jeunes sont les leaders d’aujourd’hui. Il faut non seulement les écouter mais les entendre, et prendre en compte», conclut l’ambassadeur Roland Kobia.
Holy Danielle




