Des brebis galeuses

Il y a des faits qui, au-delà de leur gravité immédiate, ébranlent un pilier symbolique du pays. L’affaire de braquage survenue à Ambodihady Ambohimanarina, impliquant des militaires, appartient à cette catégorie. Non pas seulement parce qu’il s’agit d’un acte criminel de plus mais parce qu’il met en cause ceux-là mêmes qui sont censés incarner la protection des biens et des personnes.
Certes, nul corps, aussi discipliné soit-il, n’est totalement à l’abri de brebis galeuses. Mais lorsque ces dérives touchent l’armée, elles prennent une dimension particulière. L’armée n’est pas une administration comme les autres car elle est un rempart, une référence morale, un dernier recours dans l’imaginaire collectif. Lorsqu’un soldat bascule dans le banditisme, ce n’est pas seulement une faute individuelle, c’est une atteinte à la confiance publique.
A ce propos, le communiqué du ministère des Forces armées est clair, l’institution se désolidarise des actes commis en dehors du service et condamne fermement ces comportements. Une position compréhensible. Mais politiquement et moralement, elle ne saurait suffire. Car l’opinion publique, elle, ne fait pas toujours la distinction entre l’individu et l’uniforme qu’il porte. Et c’est bien là le cœur du problème car chaque dérive individuelle rejaillit sur l’ensemble du corps.
La vague de réactions sur les réseaux sociaux en témoigne. Les critiques sont virulentes, parfois excessives, mais elles traduisent une inquiétude réelle : celle de voir les garants de la sécurité devenir, eux aussi, des acteurs de l’insécurité. Cette perception, qu’elle soit fondée ou amplifiée, est dangereuse. Elle fragilise l’autorité de l’État et alimente un climat de défiance généralisée.
Il serait toutefois simpliste de réduire cette affaire à une simple défaillance morale de quelques individus. Elle pose des questions plus profondes par rapport à la discipline mais aussi des conditions sociales et professionnelles qui peuvent, dans certains cas, favoriser les dérives. Sans excuser l’inexcusable, il faut avoir le courage d’interroger le système.
La réponse judiciaire annoncée devra être exemplaire. Mais pas comme souvent, les dossiers disparaissent juste après les polémiques. Il ne peut y avoir ni indulgence ni traitement de faveur. L’égalité devant la loi est un principe non négociable, encore plus lorsqu’il s’agit de ceux qui ont juré de la faire respecter. Mais au-delà de la sanction, c’est une réflexion structurelle qui s’impose.
Une armée respectée ne se décrète pas, elle se construit au quotidien, par l’exemplarité de ses membres et la rigueur de ses institutions. À défaut, les brebis galeuses risquent de faire bien plus que tacher la réputation du troupeau.

Rakoto

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