Lanto Ratsida: A défaut de régulation étatique, l’informel est une survie

La Banque mondiale rapporte qu’en 2024, 80% de la population malgache travaillent dans l’informel. Un secteur de survie encastré dans le social à défaut d’une régulation étatique, selon le sociologue Lanto Ratsida. Interview.

* Les Nouvelles : En tant que sociologue, quels sont d’après vous les rôles de l’informel dans la société ?

– Lanto Ratsida : L’infor­mel reflète et entretient une société marquée par les inégalités, où les jeunes, particulièrement vulnérables, trouvent difficilement une insertion stable. D’une logi­que sociale, il apparaît dès que certaines conditions sont réunies. A savoir la précarité, les inégalités, le manque d’emplois formels ainsi que la faiblesse de la régulation. De ce fait, il constitue une forme de rationalité dans une économie de survie. Les individus y développent des stratégies adaptées à l’incertitude et au manque d’emplois formels. Il fonctionne ensuite comme un système fondé sur les relations sociales, où les réseaux, à l’exemple de la famille, le voisinage et les connaissances, facilitent l’accès aux activités et aux ressources. Cette logi­que s’inscrit dans des pratiques de solidarité et de réciprocité, proches de ce que Karl Polanyi décrit comme une économie encastrée dans le social.

* Pourquoi on assiste actuellement à son développement ?
– Son développement s’explique par la faiblesse de la régulation étatique, qui ne parvient ni à offrir suffisamment d’emplois formels ni à encadrer efficacement les activités économiques. Ainsi, l’informel n’est pas seulement un problème, mais aussi une réponse sociale structurée à des contraintes économiques et institutionnelles.

* Quels sont ainsi ses impacts envers la société ?
– Ils sont importants. L’extension de l’informel tend à affaiblir la capacité de l’Etat à réguler, planifier et mettre en œuvre des politiques publiques efficaces. Or, le développement suppose une certaine maîtrise collective et une coordination des efforts. Dans un contexte d’économie mondialisée et fi­nanciarisée, cela augmente les risques de déséquilibres internes et de vulnérabilité face aux chocs extérieurs.

* Face à cela, comment doit-on réagir ?
– A deux niveaux. Du côté de l’Etat, l’informel étant un environnement à haut risque et très incertain, il est nécessaire de mobiliser les expériences et politiques qui ont fait leurs preuves ailleurs, avec une volonté politique forte et durable. L’objectif est de réduire la vulnérabilité, d’améliorer la régulation et de créer des conditions réelles d’accès à des emplois plus stables.
Du côté des individus, puisque l’informel n’est généralement pas un choix, l’objectif doit être d’en sortir dès que possible. Cela reste difficile, d’où l’importance des dynamiques collectives comme les associations, l’entraide et les réseaux, afin de sécuriser les parcours. Enfin, la construction d’alliances collectives est essentielle pour porter des revendications et encourager l’Etat à mettre en place des mesures concrètes contre la vulnérabilité socioéconomique.

Propos recueillis par Sera R.

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