Mercredi des idées en goguette: Influenceurs en mission

Sept influenceurs locaux en route pour la Russie, dix jours d’immersion, une com­mémoration histori­que en ligne de mire : le 9 mai, jour de la Victoire. Sur le papier, l’initiative a de quoi séduire. Elle s’inscrit dans la dynamique actuelle, celle d’une visibilité qui ne se joue plus uniquement dans les salons feutrés mais aussi sur les écrans des smartphones. Montrer la Russie à travers
les yeux de créateurs de contenu, partager des images, raconter une expérience : voilà une forme de soft po­wer adaptée à l’air du temps.

Car il faut bien
le reconnaître, le mon­de a changé. Au­jourd’hui, l’influence ne passe plus seulement par les chancelleries, mais aussi par les ré­seaux sociaux. Une vi­déo virale peut parfois toucher plus de monde qu’un communiqué offi­ciel. A ce titre, mobiliser des influenceurs pour valoriser un partenariat culturel est une bon­ne chose. C’est même, dans certains cas, une stratégie assumée par de nombreux pays.

Mais là où l’initiative fait débat, c’est sur le symbole. Car en face de cette initiative, une autre réalité s’impose, plus silencieuse, c’est celle de milliers de jeunes diplômés, notamment en relations in­ternationales, en droit ou en sciences politi­ques mais qui sont souvent relégués au second plan. Le contraste est saisissant. D’un côté, des profils académiques qui peinent à trouver leur place dans le mon­de du travail. De l’autre, des figures du numérique propulsées au-devant de la scène com­me relais d’image à l’international. Faut-il y voir une évolution lo­gique ou un glissement préoccupant ?

La question mérite d’être posée. Opposer systématiquement intellectuels et influenceurs serait trop simple. Les uns produisent du sa­voir, les autres de la visibilité. Et dans un monde saturé d’informations, la visibilité est devenue une ressource stratégique. Pourtant, réduire la représen­ta­tion d’un pays à sa ca­pacité à générer des « vues » comporte un ris­que : celui de vider le message de sa substance.

Donc, au fond, ce débat dépasse la simple question de ce voyage. Il interroge notre con­ception de la représentation nationale. Eh oui, la modernité impose de nouveaux outils, c’est une évidence mais finalement, la vraie question n’est pas de savoir s’il faut envoyer des influenceurs. Elle est de savoir ce que l’on attend d’eux. Mais visiblement cette question n’est pas près de trouver des réponses si l’on en croit les discussions sur la toile qui semble habitué à trouver des polémi­ques et de s’en débarrasser quelques jours plus tard. Malheureuse­ment.

Rakoto

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