Le Groupement des Entreprises Franches et Partenaires (GEFP) vient d’alerter le Gouvernement sur les blocages structurels du secteur privé à l’occasion d’une visite de courtoisie auprès du Premier ministre de la Refondation, Mamitiana Rajaonarison à Mahazoarivo, avant-hier.
Cette rencontre a permis au GEFP d’exposer les difficultés structurelles qui affectent la compétitivité et la pérennité des entreprises membres du groupement. Plusieurs préoccupations ont été évoquées au cours des échanges jugées comme étant urgentes et persistantes depuis au moins deux ans dans le secteur franc. Parmi les dossiers sensibles figure le retard de remboursement de la TVA, dont les arriérés dépasseraient les 85 milliards d’ariary depuis 2019. Le groupement a également insisté sur la nécessité de préserver et de négocier une prolongation à long terme de l’African Growth and Opportunity Act (Agoa), mécanisme commercial perçu comme stratégique pour les exportations malgaches vers les Etats-Unis.
La suppression du régime des Entreprises de production intensive de base (Epib) dans le Code général des douanes à travers la Loi de Finances initiale 2024 figure également parmi les préoccupations. Le groupement dénonce aussi la lenteur des procédures administratives, l’instabilité du cadre législatif et fiscal, ainsi que les risques de remise en cause de la loi sur les Zones économiques franches (Zef).
Le phénomène de «fuite des cerveaux» a également été abordé. «Près de 90.000 postes seraient actuellement disponibles à l’île Maurice, dont environ 70 % occupés par des travailleurs malgaches» évoque-t-on. Selon les opérateurs économiques, cette situation traduit notamment les difficultés du marché local à retenir les compétences. Dans la foulée, la taxe de 1 % sur le chiffre d’affaires imposée unilatéralement et sans dialogues aux acteurs du secteur Tic par l’Artec a aussi été abordée lors des discussions.
Passer du dialogue à l’action
Afin de faire face à ces difficultés, le GEFP a plaidé pour l’instauration d’un dialogue sincère, orienté sur les résultats avec l’Etat, pour aboutir à des solutions raisonnables pour les deux parties tout en évoquant la nécessité de passer à l’action. Le Premier ministre a quant à lui reconnu le rôle essentiel du secteur privé dans l’économie nationale. Il a admis qu’un climat de découragement des entreprises pourrait fragiliser l’ensemble du tissu économique du pays. Il s’est donc engagé à se rapprocher des ministères concernés afin de lever les blocages sur les principaux dossiers, notamment celui du remboursement de la TVA auprès du ministère de
l’Économie et des finances.
A noter que Madagascar envisage un grand nettoyage des entreprises franches en travaillant sur une procédure d’abrogation visant 366 entreprises jugées non conformes, selon un récent rapport du Fonds monétaire international (FMI). Sur les 737 sociétés agréées depuis 1990, seules 279 seraient encore réellement opérationnelles. Cette opération du gouvernement malgache s’inscrit dans la lutte contre les abus fiscaux et certaines pratiques assimilées au secteur informel.
Jean Riana




