Il y a des affaires qui éclatent comme un coup de tonnerre et puis, plus rien. Pendant quelques jours, tout le monde en parle. Les réseaux sociaux s’enflamment, les radios ouvrent leurs antennes, les responsables promettent des enquêtes, les communiqués officiels pleuvent. Puis, doucement, le silence revient. Les jours passent, l’actualité change, une nouvelle polémique arrive… et l’affaire finit quelque part, au fond d’un bureau administratif ou dans les méandres d’une procédure sans fin. Au suivant.
Ce scénario, Madagascar le connaît trop bien. Ce n’est ni la
première fois, ni certainement la dernière qu’une affaire provoque l’indignation générale avant de disparaître brutalement de la circulation. Et ce qui est peut-être le plus inquiétant, ce n’est même plus l’irresponsabilité de certains acteurs.
L’affaire d’Antalaha ressemble malheureusement à ce schéma devenu presque banal. Voilà plus d’un mois qu’une série de violences impliquant des gendarmes secoue la localité de Marofinaritra. Une adolescente de 17 ans accuse des éléments des forces de l’ordre de viol, un jeune homme est mort, des habitants parlent de passages à tabac, de peur et d’abus. Les témoignages sont graves, les blessures visibles, la colère réelle. Pourtant, malgré l’émotion suscitée, la procédure semble piétiner.
On évoque des autorisations de poursuite attendues ou encore des enquêtes internes. Pendant ce temps, la population, elle, attend surtout des actes. Car au-delà des communiqués et des déclarations d’intention, ce qui nourrit aujourd’hui le sentiment d’impunité, c’est l’impression que les dossiers sensibles avancent toujours au ralenti lorsqu’ils concernent certains corps de l’État.
Certes, la gendarmerie nationale a fini par réagir publiquement. Le communiqué publié à la suite de cette affaire reconnaît des abus tout en condamnant les dérives. Mais le vrai danger est là : lorsque les citoyens commencent à penser que certaines affaires ne connaîtront jamais de suite claire, la confiance s’effrite progressivement. Et une société où l’on ne croit plus vraiment à la justice devient une société dangereusement résignée.
À force d’entendre parler d’enquêtes ouvertes mais rarement conclues, de sanctions annoncées mais rarement visibles, le public finit par adopter un réflexe fataliste : attendre quelques semaines… jusqu’au prochain scandale. Et l’histoire suivra encore son chemin habituel. L’émotion retombera. Les discussions changeront de sujet. Les responsables passeront à autre chose.. Jusqu’au suivant.
Rakoto




