Requête rejetée, débat relancé: le pari politique d’Antoine Rajerison

Si la commémoration du 54e anniversaire du mouvement populaire du 13 mai 1972 est passée presque inaperçue, le député Antoine Rajerison a marqué cette journée par une démarche particulièrement symbolique. Il a officiellement saisi la Haute Cour Constitu­tionnelle (HCC) pour dénoncer l’incapacité du chef de l’Etat, le colonel Michaël Randria­nirina, à exercer ses fonctions. Selon ses termes, «cette démarche vise à éviter de nouveaux troubles au pays».
Dans sa requête, le parlementaire dénonce la violation présumée de la Constitution, le non-respect des conditions fixées lors de la sortie de crise et la prise de décisions sans consultation de la Haute juridiction. Il estime également que l’organisation de la conférence nationale manque de crédibilité et de fondement sérieux tout en évoquant un risque croissant d’instabilité politique.

Irrecevable
Sur le plan strictement juridique, la démarche est apparue toutefois fragile. La Constitution en vigueur encadre de manière précise les conditions de saisine de la Haute Cour Constitutionnelle. Un député agissant seul ne figure pas parmi les autorités habilitées à introduire ce type de recours. Seuls notamment le président de la République, le premier ministre, les présidents des deux chambres parlementaires ou encore un quart des membres d’une assemblée peuvent engager une telle procédure.

Acte politique
La démarche s’inscrit dans une stratégie de prise à témoin de l’opinion publique. Dans sa déclaration personnelle, le député fait appel à «l’application des lois et des institutions» pour faire face à ce qu’il qualifie d’«abus» et de «violations de la Constitution». Il insiste sur la nécessité de dépasser les simples protestations pour engager des actions formelles, même symboliques. «En tant que député, il est de mon devoir et de ma responsabilité de porter la voix du peuple face aux nombreux problèmes et dysfonctionnements qui se produisent dans le pays», a-t-il martelé.

Cette initiative intervient par rapport au mouvement de revendication lancé en septembre 2025 qui portait des attentes fortes comme la lutte contre la corruption ou la fin de l’impunité… Selon le député, ces promesses restent largement non tenues. Il dénonce notamment le retour à la nomination des chefs de fokontany alors que des élections avaient été promises, ainsi qu’une justice qu’il accuse d’être utilisée pour faire taire les voix critiques, en particulier celles de la jeunesse.

Crédibilité
En portant l’affaire devant la HCC, Antoine Rajerison relance le débat sur le terrain institutionnel. Cette initiative intervient également alors que la préparation d’une conférence nationale suscite des interrogations, y compris au sein de certaines composantes de la société civile et religieuse
«L’organisation de la conférence nationale manque de crédibilité et de fondement sérieux», estime le député.

Tivo Rasam

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