Tojonirina Ramparison AKA DJ Natoo : “Avec un meilleur encadrement, les métiers créatifs pourraient devenir un véritable levier de développement économique.”

DJ Natoo. Il s’appelle Tojonirina Ramparison. Il est un nom célèbre chez les jeunes. Vous l’avez peut-être déjà croisé à des événements festifs familiaux, à des soirées ou à des festivals, derrière ses platines. Il est DJ & Beatmaker – Producer. En apparence, son métier consiste à partager du bon son et à faire bouger la foule lors des festivités. Mais le DJing est bien plus qu’un simple enchaînement de morceaux, c’est un travail artistique en live. Portrait d’un jeune DJ qui a tout d’un grand.

Comment avez-vous découvert le DJing ?
J’ai commencé le DJing en 2009, alors que j’étais en classe de 6e. Chaque 3 décembre, une fête était organisée au Lycée Saint-François-Xavier d’Antanimena. Un DJ y assurait toujours l’animation, et j’étais fasciné par la manière dont il enchaînait les morceaux et orchestrait les transitions.

À quel moment avez-vous compris que vous pouviez en faire une source de revenus ?
Lorsque j’ai commencé à subvenir à mes besoins sans demander d’argent à mes parents. J’ai pu acheter moi-même mes effets personnels et gagner progressivement en autonomie financière.

Avez-vous appris seul ou suivi une formation ?
J’ai appris en observant les autres DJ lors des événements et en essayant de reproduire leur style à la maison. Avec le temps, j’ai développé mon propre style d’animation, en fonction de mon expérience. Je n’ai suivi aucune formation.
Quel avait été votre premier équipement ? Comment avez-vous financé cet investissement ?
J’ai commencé avec l’ordinateur portable de mon père. Mes parents m’ont ensuite offert mon premier controller, un Hercules MP3 E2, qui coûtait environ 400.000 ariary. Mon premier véritable investissement personnel avait été un DDJ-SB2, acheté pour environ 800.000 ariary. Mon père avait d’abord avancé la somme, que j’ai remboursée progressivement grâce à mes contrats. À cette époque, j’utilisais l’ordinateur portable de ma sœur.

Quel matériel utilisez-vous aujourd’hui ?
J’utilise aujourd’hui un controller DDJ-SX3 et un ordinateur de la marque ERAZER, que j’ai acheté moi-même.

Continuez-vous à investir régulièrement dans votre activité ?
Oui, en fonction des besoins du métier. Ces derniers temps, j’investis davantage dans ma tenue vestimentaire, afin d’être en adéquation avec les événements que j’anime.

Quels types d’événements animez-vous ?
J’interviens sur tous types d’événements, mariages, soirées, team buildings, de grands événements avec des artistes internationaux, et les festivals aussi.

Selon vous, peut-on vivre du métier de DJ à Madagascar ?
Oui. Comme dans tout métier, il est possible d’en vivre lorsqu’on exerce avec passion et que l’on cherche constamment à s’améliorer.

Pensez-vous que les métiers créatifs offrent des opportunités aux jeunes Malgaches ?
Oui. Même si la référence reste souvent le travail de bureau au pays. Les métiers créatifs offrent de nombreuses opportunités aux jeunes. Avec un meilleur encadrement, ces métiers pourraient devenir un véritable levier de développement économique.

Combien de prestations réalisez-vous par mois en moyenne ?
En moyenne, entre huit et dix prestations par mois.

Quelles périodes sont les plus rentables ? Vous avez des hautes et des basses saisons dans ce domaine aussi ?
L’activité est généralement soutenue tout au long de l’année. Le mois de décembre reste, toutefois, de loin le plus intense. Il peut arriver d’assurer deux prestations le même jour, même en semaine en cette période de l’année.

Comment gérez-vous les périodes creuses ?
J’en profite pour mettre à jour mes playlists, m’entraîner à la maison et consacrer davantage de temps à mes proches.

Et les revenus sont-ils stables ou variables selon les périodes ?
Les revenus peuvent être relativement stables si la clientèle est bien fidélisée, mais les montants varient selon les prestations, certaines étant mieux rémunérées que d’autres.

Comment trouvez-vous vos clients ?
Tout se fait de bouche-à-oreille essentiellement. Après une prestation réussie, de nouveaux clients prennent généralement contact avec moi.

Et comment fixez-vous vos tarifs ?
Mes tarifs dépendent du type d’événement, du lieu, de la durée de la prestation et de la date retenue.

Avez-vous d’autres sources de revenus ?
Oui. Je réalise également des portraits dessinés, une autre passion qui constitue aussi une source de revenus complémentaire.

Quels outils utilisez-vous pour promouvoir vos services ?
Le réseau et les recommandations restent, selon moi, les outils les plus efficaces.

Travaillez-vous seul ou vous avez avec vous une équipe ?
Je travaille avec toute une équipe chargée de la sonorisation, de l’éclairage et de toute la partie technique. Pour la communication, j’étais seul au départ, mais une petite équipe m’accompagne désormais.

Quelles sont les principales difficultés du métier ?
Le manque de considération de certains clients ou organisateurs reste un défi. Il y a aussi un déficit de formations professionnelles et l’absence d’un cadre légal permettant de reconnaître pleinement le DJing comme un véritable métier.

Parlez-nous de la concurrence dans ce domaine. Est-elle forte ?
Je me concentre surtout sur ma progression personnelle. Mais il est vrai que le nombre de DJ ne cesse d’augmenter, ce qui rend le secteur particulièrement dynamique et concur- rentiel.
Est-il facile pour un jeune DJ de se faire une place ? Comment avez-vous trouvé la vôtre ?
Les ressources sont beaucoup plus accessibles aujourd’hui, surtout avec les tutoriels en ligne. Avec de la créativité et de la persévérance, un jeune DJ peut tout à fait trouver sa place. Pour ma part, j’ai simplement commencé par partager ce que j’aimais faire et par chercher constamment à me renouveler.

Quels sont les coûts les plus lourds dans cette activité ?
L’investissement dans le matériel représente la dépense la plus importante.

Quel événement vous a le plus marqué dans votre carrière ?
Lokorace a été ma première grande scène. Le Festival Somaroho, que je rêvais de rejoindre depuis longtemps, avait également marqué un tournant important dans ma carrière, en m’ouvrant de nombreuses portes. Devenir DJ officiel de SMATCHIN est aussi une étape majeure. J’avais aussi eu l’opportunité d’animer le réveillon 2025 à Paris, une expérience que je n’aurais jamais imaginée vivre. Je remercierai toujours le chanteur Wawa pour cette opportunité.

Quelle est votre plus grande fierté aujourd’hui ?
Je suis fier du chemin parcouru depuis mes débuts. De ma petite chambre où je répétais inlassablement les mêmes transitions à la chance de partager la scène avec de nombreuses figures majeures de la musique, à Madagascar comme à l’international. Je suis également fier de la personne que je suis devenu au fil des années et des épreuves qui ont forgé mon caractère.

Quels sont vos objectifs pour les prochaines années ?
Continuer à progresser, découvrir de nouveaux horizons et faire rayonner la richesse culturelle de Madagascar, aussi bien sur le plan national qu’international.

Propos recueillis par
Fenitra Rarivoson

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