Madagascar intensifie sa lutte contre les criquets migrateurs avec un objectif d’éviter toute nouvelle invasion et atteindre un stade de «rémission» d’ici 2028. Les autorités agricoles, soutenues par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), privilégient désormais une stratégie fondée sur la prévention et la surveillance permanente.
En marge de la présentation des bilans de la lutte antiacridienne, hier à Mahamasina, le représentant par intérim de la FAO à Madagascar, aux Comores, à Maurice et aux Seychelles, Aloys Nigiziyimana, met davantage l’accent sur «la prévention». «Avec environ 800.000 dollars par an durant la phase préventive, il est possible de maintenir la rémission et d’éviter une nouvelle recrudescence acridienne», affirme-t-il.
Selon lui, les interventions en période acridienne d’invasion, coûtent beaucoup plus cher. «Le programme quadriennal actuel dépasse les 20 millions de dollars, notamment en raison du recours massif aux pesticides, aux hélicoptères et aux moyens logistiques», souligne-t-il. La FAO continue d’apporter un appui technique au gouvernement afin d’atteindre la rémission prévue en 2028.
De son côté, le ministre de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire (Miasa), Gaëtan Ramindo, précise que «le pays ne cherche pas à éradiquer totalement les criquets, mais à maintenir leur présence à un niveau contrôlé». Il ajoute que «Nous sommes encore dans une phase de lutte, mais nous espérons atteindre la rémission en 2028, ce qui réduira considérablement les besoins financiers».
Pertes agricoles
Les chiffres avancés par la directrice de la Protection des végétaux au ministère, Saholy Ramiliarijaona, illustrent l’ampleur des dépenses engagées. «Plus de 150 millions de dollars ont été investis dans la lutte antiacridienne à Madagascar depuis les années 1990», révèle-t-elle. Elle souligne que les opérations aériennes absorbent près de la moitié du budget, tandis que l’achat de pesticides et l’accès difficile aux zones du Sud et du Sud-Ouest alourdissent les coûts.
Au niveau du Centre national de lutte antiacridienne (IFVM), les techniciens assurent que la menace immédiate est sous contrôle. « La recrudescence acridienne est aujourd’hui maîtrisée et le risque d’invasion est écarté », assure-t-on.
L’IFVM rappelle toutefois que « la vigilance doit rester de mise ».
Les pertes agricoles récentes rappellent toutefois l’urgence du dossier. L’expert en lutte antiacridienne de la FAO, Francesco Mancini, indique que les attaques de 2024-2025 ont affecté 75.935 hectares et causé près de 14,9 millions de dollars de pertes agricoles, frappant durement le maïs et le riz dans le Sud et le Sud-Ouest du pays. Madagascar veut désormais anticiper pour garantir l’efficacité de la lutte antiacridienne.
Arh.




