Pourquoi aller chercher loin ?

Au cours de ces trois dernières années, les exportations de Madagascar vers la Chine ont dépassé 200 millions USD par an. Parmi les produits principalement exportés, on peut citer les produits halieutiques, les matériaux de construction en pierre, les produits d’élevage, les épices …
On pense bien que ces transactions vont augmenter après la récente levée des contraintes douanières en matière de taxes pour les produits en­trant en Chine en provenance des pays africains. C’est une grande opportunité qui s’offre aux pays africains pour développer leurs ex­portations.
Et bien évidemment, Madagascar va essayer d’en profiter pour équilibrer, un tant soit peu, la balance commerciale entre les deux pays, une balance qui certainement, penche fortement aujourd’hui en faveur de la Chine. Il n’y a qu’à voir tous les produits chinois qui inondent le marché malgache.
Certes, la Chine est un pays immense avec des milliards de consommateurs. D’où le grand intérêt du marché chinois. Mais seulement, compte tenu de cette immensité, est-il possible de satisfaire ce marché ? Il est fort à craindre que pour certains produits malgaches, la production nationale ne représente qu’un échantillon pour la Chine.
Et si on cherche à exporter à outrance, cela se répercutera sur le marché interieur. Ces produits vont devenir plus rares sur les différents marchés du pays, donc plus chers. Il faut donc chercher des marchés de taille plus mo­deste, en attendant que le pays arrive à augmenter très sensiblement sa production.
Par exemple, Mada­gascar a exporté plus de 700 tonnes de viande
de petits ruminants vers la Chine l’an dernier. Qu’est-ce qui empêche que ces exportations se fassent à destination de certains pays africains, notamment les pays islamisés dont la viande de petits ruminants constitue la principale source de protéine ?
D’autant plus que la prochaine libéralisation tarifaire complète qui est attendue entre 2031 et 2036, conséquemment à la mise en place de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf), va indubitablement booster le commerce intra-africain qui, aujourd’hui, est déjà loin d’être négligeable.
Effectivement, le com­merce intra-africain actuel est estimé à environ 220 milliards USD. Et selon les projections, la mise en œuvre complète de la Zlecaf pourrait générer entre 450 et 470 milliards USD de revenus supplémentaires à l’échelle continentale. Il faut s’y préparer.
Il faut se dire que la Zlecaf présente plusieurs avantages. Entre autres, les différents marchés sont plus proches les uns des autres. De plus – il faut en tenir compte -, chaque marché compris dans la Zlecaf présente une taille plus abordable, donc plus facile à satisfaire, comparée au marché chinois. Dans ces conditions, pourquoi aller chercher loin ?

Ranaivo Lala Honoré

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