Il y a des faits divers qui bouleversent, d’autres qui choquent. Et puis, il y a ceux qui interrogent profondément notre conscience collective. Les crimes commis contre les personnes atteintes d’albinisme appartiennent malheureusement à cette dernière catégorie.
Comment ne pas être saisi d’effroi en apprenant qu’une fillette de dix-huit mois a été enlevée au milieu de la nuit, arrachée à sa famille, avant d’être retrouvée sans vie quelques jours plus tard ? Le plus troublant n’est pas seulement la barbarie de ces actes. C’est leur répétition. En l’espace de quelques semaines, trois enfants albinos ont été victimes d’enlèvements. Deux ont perdu la vie dans des conditions insoutenables. Une troisième demeure introuvable.
D’ailleurs, les statistiques donnent le vertige. Selon les associations de défense des personnes atteintes d’albinisme, quatre-vingt-douze enlèvements ont été recensés en trois ans à Madagascar. Trente personnes ont été tuées. Trente vies fauchées simplement parce qu’elles étaient différentes. Trente victimes de croyances obscures qui continuent, malgré l’évolution de la société, à nourrir la peur, la superstition et le crime.
Face à une telle réalité, l’indignation ne suffit plus. Chaque nouveau drame suscite une vague d’émotion, des condamnations, des promesses de fermeté. Mais lorsque les mêmes tragédies se répètent encore et encore, une question s’impose : pourquoi cela continue-t-il ?
L’arrestation des auteurs présumés constitue certes une étape importante. Mais elle ne ramènera jamais les victimes. Elle ne dissipera pas non plus l’angoisse permanente dans laquelle vivent des centaines de familles. Dans certaines régions, être albinos signifie encore vivre sous protection, changer de domicile, cacher ses enfants ou redouter, chaque nuit, la visite de ravisseurs.
Aucun pays ne devrait accepter qu’une partie de ses citoyens vive dans une telle peur. Car derrière chaque meurtre se cache l’idée insupportable qu’un être humain puisse être réduit à un objet de convoitise ou à un instrument de croyances criminelles. Trop, c’est trop.
Rakoto




