Le drame d’Ambositra n’est pas seulement celui d’une fillette de onze ans dont la vie a été arrachée avec une cruauté insoutenable. Il est aussi le miroir d’une société qui semble, chaque jour un peu plus, perdre confiance dans les institutions censées la protéger. Et c’est clairement dommage.
A peine les suspects placés en détention, la maison de l’un d’eux était déjà réduite en cendres. Les pillages ont suivi. Pour beaucoup, cette réaction relève de l’émotion. Mais elle dépasse largement la seule indignation provoquée par un crime aussi odieux. Elle révèle une réalité plus profonde, le fait que lorsque les citoyens ne croient plus que la justice ira jusqu’au bout, ils sont tentés de rendre leur propre verdict.
Ce phénomène n’est malheureusement pas nouveau dans le pays. Ces dernières années, combien de présumés voleurs ont été lynchés avant même d’être présentés devant un juge ? Combien de maisons incendiées, de familles prises à partie, de représailles collectives ont été enregistrées après un fait divers particulièrement choquant ? A chaque fois, le même scénario se répète.
Le plus inquiétant est que cette justice populaire finit par s’installer dans les esprits comme une alternative presque normale. Elle ne naît pas uniquement de la colère. Elle est alimentée par des années de frustrations, par des enquêtes inachevées, des dossiers qui s’éternisent, des auteurs parfois remis en liberté faute de preuves ou en raison de procédures mal conduites. Cette rupture de confiance touche également les forces de sécurité.
Or, un Etat ne peut durablement fonctionner si chacun décide lui-même de ce qu’est la justice. Car aujourd’hui, la foule s’en prend à un suspect d’enlèvement ; demain, ce pourrait être une innocente victime d’une rumeur ou d’une erreur.
Cela étant, le drame d’Ambositra ne sera probablement pas le dernier à provoquer une telle explosion de colère. Tant que les institutions peinent à convaincre, la situation restera ainsi. Et reconstruire cette confiance sera sans doute un chantier bien plus difficile que de rétablir le calme après une nuit d’émeutes.
Rakoto




