Quarante-cinq tortues saisies à Ambohimanarina. Trois trafiquants présumés envoyés à Antanimora. Une nouvelle opération réussie des forces de l’ordre. Une bonne nouvelle ? Oui, sans aucun doute. Mais aussi une question qui revient, inlassablement, jusqu’à quand ?
Car à force de compter les saisies, on finit par mesurer l’ampleur du problème. Depuis février, plus de 1.300 tortues ont été récupérées des mains des trafiquants. Plus d’un millier de vies sauvées, certes. Mais aussi plus d’un millier de preuves que le trafic continue de prospérer.
Le paradoxe est là. Chaque arrestation est un succès. Chaque tortue sauvée est une victoire. Pourtant, la répétition de ces affaires révèle une réalité moins réjouissante : le commerce illégal de la faune sauvage semble disposer d’une étonnante capacité de résilience. À peine un réseau démantelé qu’un autre apparaît. À peine une cargaison interceptée qu’une nouvelle tentative est signalée.
Les tortues malgaches ont malheureusement un tort, c’est qu’elles sont rares et donc recherchées. Dans certains marchés clandestins internationaux, elles valent de l’or. Face à une telle demande, les trafiquants rivalisent d’ingéniosité. Boutres, valises, maisons discrètes, complicités diverses, tout semble bon pour contourner la loi.
Et pourtant, la loi existe. Elle est claire. Capture, détention, exploitation, exportation, consommation : tout est interdit. Les peines sont d’ailleurs prévues. Les arrestations se multiplient egalement. Même certains personnages réputés intouchables ont déjà eu affaire à la justice dans ce domaine. Mais le problème dépasse la seule question pénale. Derrière chaque tortue saisie se cache un écosystème fragilisé. Derrière chaque trafic déjoué se trouve une biodiversité qui lutte pour survivre.
Il faut aussi reconnaître le travail accompli par les forces de
l’ordre, le ministère de l’Environnement et les organisations de conservation. Sans leur vigilance, les chiffres seraient certainement bien plus alarmants. Alors, faut-il se décourager ? Certainement pas. Au contraire. Chaque tortue sauvée compte. Chaque réseau démantelé envoie un message. Chaque condamnation rappelle que le pillage du patrimoine naturel n’est pas une activité anodine.
Reste à espérer que les saisies deviendront un jour exceptionnelles plutôt qu’hebdomadaires. Que les communiqués annonceront davantage de réintroductions dans la nature que de nouvelles arrestations. Et que les tortues malgaches finiront par être célèbres pour leur présence dans les forêts et les savanes de la Grande Île, plutôt que dans les procès-verbaux de police. En attendant, une chose est sûre : le trafic ne s’arrête pas. Espérons aussi pour ceux qui le combattent.
Rakoto




