Alors que les risques liés à la consommation excessive d’alcool sont largement connus, le nombre de personnes atteintes de maladies chroniques et de lésions hépatiques continue d’augmenter, selon le docteur Manitra Rakotoarivony. Interview.
* Les Nouvelles : Qu’est-ce qui vous amène à dire que les problèmes de santé liés à la consommation d’alcool sont en hausse actuellement ?
– Dr Manitra Rakotoarivony : Même si des chiffres officiels à ce sujet ne sont pas encore disponibles à Madagascar, force est de constater que le nombre des patients victimes de la consommation excessive d’alcool, en particulier l’alcool de fabrication artisanale ou «toaka Gasy», est en hausse actuellement en milieu hospitalier, bien que le taux soit encore relativement faible, moins de 7% selon l’OMS pour Madagascar et l’Afrique subsaharienne.
* Comment cela se manifeste-t-il ?
– Le foie est l’un des organes les plus touchés, ce qui peut entraîner une hépatite alcoolique, une cirrhose et un cancer du foie. L’alcool peut également affecter le cœur et les vaisseaux sanguins, augmentant ainsi le risque d’hypertension artérielle, d’accident vasculaire cérébral et de maladies cardiaques.
De plus, la consommation chronique d’alcool affecte le cerveau et le système nerveux. Elle peut entraîner la démence, des pertes de mémoire, la dépression, la violence et la dépendance. Dans la société, la consommation excessive d’alcool accroît les accidents de la route, les violences conjugales et la pauvreté.
* Pourquoi en particulier l’alcool de fabrication artisanale ou « toaka gasy » ?
– Certains pensent que les têtes de distillation d’un alcool (lohany) sont les meilleures car elles chauffent rapidement. Cependant, lors de la distillation, cette première partie extraite contient des concentrations élevées de méthanol, un produit dangereux. Une fois dans l’organisme, il est transformé par le foie en formaldéhyde et en acide formique qui sont deux toxines puissantes. Celles-ci sont nocives pour les yeux, le cerveau et d’autres organes. C’est pourquoi les distillateurs la rejettent après séparation avec l’éthanol.
* Que faut-il donc faire ?
– Certes, l’Assemblée nationale a voté et adopté, en décembre 2025, une loi visant à légaliser la production et la commercialisation du «toaka gasy», laquelle a ensuite été validée par la Haute Cour constitutionnelle. Toutefois, plusieurs mesures d’accompagnement demeurent nécessaires. Il s’agit notamment de former les fabricants aux techniques de fermentation et de distillation sûres et de renforcer le contrôle de la production artisanale. Les consommateurs sont également invités à se méfier des alcools d’origine inconnue, parfois vendus sous l’appellation de «rhum arrangé», ainsi que des produits provenant de producteurs non vérifiés. En cas de suspicion d’intoxication alcoolique, une prise en charge médicale immédiate est recommandée.
Propos recueillis par Sera R.




