La sortie était attendue. Elle était même devenue indispensable après la bronca déclenchée, suite à la publication de la liste des Barea pour les prochaines échéances internationales. Invité mardi sur les antennes de la télévision nationale TVM, le président de la Fédération malagasy de football (FMF), Alfred Randriamanampisoa, s’est livré à un exercice de communication pour protéger son image et sa réputation.
Au bout du compte, les zones d’ombre subsistent et les réponses données ne suscitent que de l’incrédulité chez de nombreux observateurs du ballon rond malgache. Au cœur de la polémique, la sélection controversée de Zacharie Boucher qui a déclaré, il y des années que «je suis Français, je n’ai jamais été Malgache. Je ne sais pas pourquoi tout est sorti comme ça. De mon côté, il n’y a rien. Il n’y a qu’à voir mon passeport. Dessus, c’est écrit “Français». Et comme il fallait s’y attendre, cette déclaration a embrasé les débats dès l’annonce de sa convocation.
Face aux critiques, le patron de la FMF affirme avoir lui-même été surpris par la présence du gardien dans la liste de Corentin Martins. Et cela a de quoi faire hausser les sourcils des acteurs du football national.
Si Alfred Randriamanampisoa rappelle qu’il ne faisait pas encore partie des instances dirigeantes lorsque le portier avait publiquement déclaré en 2018 de ne pas être Malgache et ne pas envisager de défendre les couleurs des Barea, il paraît néanmoins étonnant qu’un président de fédération découvre quasiment au même moment que l’opinion publique, l’identité et le passif médiatique d’un joueur appelé à renforcer la sélection nationale.
Dans sa tentative de désamorcer la controverse, le dirigeant fédéral s’est ainsi placé en observateur extérieur d’une affaire qui secoue pourtant directement son institution. Une posture qui interroge. Car dans toutes les fédérations structurées, la cellule administrative, les commissions concernées et la direction fédérale, travaillent généralement en étroite coordination sur les dossiers de joueurs binationaux. Etre surpris revient, pour certains, à reconnaître implicitement un déficit de circulation de l’information au sein même de l’appareil fédéral.
Sur un autre terrain glissant, Alfred Randriamanampisoa a tenu à réaffirmer que Corentin Martins dispose d’une liberté totale dans l’élaboration de ses listes. «La Fédération ne propose pas de joueurs», a-t-il martelé, assurant n’avoir jamais imposé le moindre nom au sélectionneur français.
Une ligne de défense classique, presque institutionnelle, mais qui peine à convaincre les plus sceptiques. Dans les coulisses du football africain, chacun sait que les frontières entre prérogatives techniques et considérations fédérales sont souvent plus poreuses qu’elles ne le paraissent publiquement. Le président de la FMF a donc choisi la stratégie du dégagement en touche plutôt que celle de l’explication approfondie.
Lacunes en communication
Cette intervention médiatique, qui devait servir de contre-feu après plusieurs jours de critiques virulentes, risque finalement de produire l’effet inverse. Dans un contexte où la FMF est régulièrement appelée à renforcer sa communication institutionnelle, le président a semblé évoluer sur un fil, alternant justifications prudentes, prises de distance et renvois de responsabilité. Une partition qui rappelle davantage une opération de contrôle des dégâts qu’une volonté d’assumer pleinement sa responsabilité.
Au final, le débat autour de Zacharie Boucher reste entier. Et si Alfred Randriamanampisoa voulait reprendre la maîtrise du récit médiatique, sa prestation sur la chaîne nationale a surtout confirmé une réputation qui lui colle désormais à la peau dans le milieu du football malgache : celle d’un président passé maître dans l’exercice du slalom verbal, capable d’éviter les tacles les plus appuyés mais peinant à apporter des réponses franches lorsque le match se joue sur le terrain de la transparence.
Rakoto




