Chacun chez soi

Avez-vous remarqué à quel point le monde extérieur commence à ressembler à une résidence où tout le monde installe des barbelés, des caméras et fait appel à des chiens de garde ? Alors que la culture du Fihavanana malgache incite à garder une place pour l’autre, aux quatre coins du globe, l’ambiance générale est plutôt au chacun pour soi.
Prenez l’Argentine, par exemple. Le président Javier Milei a frappé un grand coup en signant un décret inédit. Désormais, les étrangers reconnus coupables de diffuser des messages de haine ou d’hostilité envers l’Argentine ou son peuple, seront purement et simplement interdits d’entrée dans le pays.
Sans traverser les océans, en Afrique du Sud, le climat diplomatique et social s’est nettement détérioré au détriment des ressortissants étrangers. Entre la résurgence des tensions xénophobes, les manifestations anti-immigrés et la pression populaire accusant les voisins d’aggraver le chô­mage et
l’insécurité, la méfiance est devenue la norme.
Cette chasse aux sorcières a provoqué des vagues de départs massifs et des expulsions à la chaîne, avec un effet boomerang inattendu : des secteurs clés de l’économie sud-africaine, comme l’agriculture et le textile, se retrouvent aujourd’hui privés de bras et lourdement perturbés.
Cela dit, de Buenos Aires à Johannesburg, la tendance est claire : on se barricade. À force de fermer toutes les portes et les fenêtres de peur des courants d’air, la maison Terre risque de rapidement manquer d’air pur.
Pour les citoyens malgaches, ce spectacle a de quoi faire sourire par son absurdité, mais il doit aussi nous faire réfléchir. Alors que les grandes nations choisissent la voie du repli sur soi, préserver notre sens de l’accueil tout en protégeant nos propres intérêts relève désormais d’un vrai numéro
d’équilibre. Ce qui est loin d’être facile.

Rakoto

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