Il fallait y être. À Analakely, la mise en service d’un feu tricolore a mobilisé une belle brochette de responsables municipaux. Caméras, présence officielle, lancement en bonne et due forme et on aurait presque cru à l’inauguration d’une nouvelle infrastructure majeure.
Et pourtant, il ne s’agit que d’un feu rouge, vert et orange. Mais à Madagascar, il faut peut-être reconnaître que même les choses les plus ordinaires peuvent prendre des allures d’événement lorsqu’elles ont longtemps manqué à l’appel.
Pendant que certaines grandes capitales réfléchissent déjà à la circulation intelligente, aux transports autonomes, aux villes durables et aux systèmes capables de gérer les flux en temps réel, Antananarivo en est encore parfois à rappeler qu’un feu rouge signifie… qu’il faut s’arrêter.
La scène d’Analakely est finalement assez révélatrice. Le feu fonctionne, mais les habitudes, elles, semblent fonctionner selon un autre logiciel. Certains automobilistes passent malgré le rouge, des motocyclistes cherchent la moindre ouverture et des piétons traversent quand bon leur semble. Chacun semble avoir son propre code de la route, parfois très personnel.
Le problème n’est donc pas seulement technique. Installer des feux, refaire les routes, aménager des passages piétons ou réorganiser la circulation est nécessaire. Mais encore faut-il que les usagers acceptent de jouer le jeu. Une ville moderne ne se construit pas uniquement avec du béton, des panneaux et des équipements. Elle se construit aussi avec des comportements.
C’est là que le chemin reste long dans la capitale.
Il ne faut évidemment pas se moquer de chaque petite avancée. Au contraire, un feu qui fonctionne est toujours mieux qu’un carrefour livré à lui-même. Mais il serait dommage de confondre l’installation de l’équipement avec la modernisation de la ville. Le vrai progrès commence lorsque le feu rouge n’est plus perçu comme une suggestion.
Ailleurs, les capitales avancent à grands pas. Elles expérimentent, automatisent, anticipent. Chez nous, nous sommes encore parfois en train d’apprendre à utiliser correctement ce qui existe déjà.
Et cet apprentissage ne concerne pas uniquement les automobilistes. Il concerne aussi les piétons, les motocyclistes, les transporteurs et, plus largement, tous ceux qui partagent l’espace public.
Peut-être faudrait-il donc moins de cérémonies pour inaugurer un feu et davantage de campagnes pour expliquer pourquoi il faut le respecter. Parce qu’une capitale ne devient pas moderne le jour où ses feux s’allument. Elle le devient lorsque ses citoyens comprennent enfin pourquoi ils doivent s’arrêter au rouge. Eh oui, c’est aussi simple que ça, en apparence.
Rakoto




