Mercredi des idées en goguette: Mieux vaut prévenir que guérir

À Antananarivo, les premières grosses pluies ont souvent une drôle de manière de rappeler que l’eau, elle aussi, sait trouver son chemin. Et lorsque les canaux sont bouchés, elle choisit parfois celui que personne ne lui a demandé de prendre, à savoir les rues, les maisons et les quartiers.
Cette année, la Com­mune urbaine de la ca­pitale veut prendre les devants. Un quotidien vient de rappeler qu’à partir du 30 septembre, une vaste opération de curage doit être menée dans les six arrondissements de la capitale. Près de 50 kilomètres de canaux secondaires et tertiaires sont con­cernés, dans 61 fokontany. Sur le papier, le chantier est considérable. Dans les faits, il pourrait surtout être salutaire.
Car dans la capitale, le problème n’est pas seulement la pluie. C’est aussi tout ce que l’on laisse derrière soi. Un sac plastique par-ci, une bouteille par-là, quel­ques déchets jetés discrètement dans un canal… Pris séparément, cela paraît insignifiant. Accu­mulé, cela finit par former un barrage artisanal dont personne n’a vraiment commandé la construction.
Il y a donc urgence à nettoyer. Mais il y a surtout urgence à ne pas recommencer. C’est là que les choses deviennent plus compliquées. Une campagne de nettoyage peut mobiliser des centaines de personnes, des engins, des responsables et des partenaires. Elle peut même donner de belles images de solidarité. Mais si, quelques semaines plus tard, les mêmes canaux retrouvent leur lot habituel de déchets, il faudra recommencer. Encore. Et encore.
À ce rythme, on risque de transformer le curage des canaux en rendez-vous saisonnier, comme si l’on attendait les pluies pour découvrir chaque année que les caniveaux existent.
La prévention mérite pourtant mieux que cela. Les opérations annoncées ont le mérite de poser le problème avant les fortes précipitations. C’est évidemment moins spectaculaire qu’une in­tervention d’urgence au milieu d’une rue transformée en rivière. Mais c’est précisément le principe de la prévention : agir lorsque le problème n’est pas encore devenu une catastrophe.
Les opérations me­nées récemment dans certains quartiers, avec la participation de mil­liers de personnes, montrent qu’une mobilisation collective est possible. Encore faut-il qu’elle ne s’arrête pas lorsque les derniers déchets ont été retirés.
Le civisme n’est donc pas un grand mot réservé aux discours officiels. Il commence parfois par un geste aussi banal que garder son déchet jusqu’à trouver une poubelle. Cela paraît dérisoire. Pourtant, une ville propre se construit davantage avec des petits gestes répétés qu’avec de grandes opérations ponctuelles. Aussi simple que ça.

Rakoto

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