On reproche souvent aux jeunes Malgaches de partir, de chercher un emploi à Maurice, au Canada, en Europe ou ailleurs. De préférer le télétravail pour une entreprise étrangère plutôt que de mettre leurs compétences au service du pays. Mais avant de les juger, il faudrait regarder la réalité en face.
Pourquoi un jeune resterait-il lorsqu’il peut gagner ailleurs plusieurs fois plus en faisant le même travail, avec de meilleures perspectives et davantage de stabilité ? Il ne s’agit pas d’un manque de patriotisme. Le problème est qu’à Madagascar, trop de compétences restent encore sous-payées, sous-utilisées ou condamnées à attendre.
Il est facile de demander aux jeunes de « construire le pays », alors que ce sont eux qui supportent le poids du chômage, des bas salaires, du manque d’opportunités et de l’incertitude. Ce sont des facteurs qui entrainent la fuite de talents et pousser les jeunes à choisir l’exode et la migration, en quête d’une
vie meilleure. Car le patriotisme ne paie pas un loyer. Il ne finance pas une famille. Il ne remplace pas une carrière..
Faut-il pour autant encourager tous les jeunes à partir ? Bien sûr que non. Un pays qui voit partir systématiquement ses meilleurs profils, s’appauvrit. Madagascar a besoin de jeunes capables d’entreprendre, d’innover, de créer et de prendre des risques ici.
Mais cette responsabilité ne peut pas être à sens unique. On ne peut pas exiger d’une génération qu’elle se sacrifie pour un système qui lui offre si peu de garanties. A l’Etat, aux entreprises et aux institutions de créer les conditions pour que rester soit une véritable option, et non un acte de renoncement.
Le véritable scandale n’est donc pas que les jeunes partent. Le véritable scandale serait que Madagascar continue à leur demander de rester sans jamais leur donner de sérieuses
raisons de le faire.
Tivo Rasam





