Transition politique: la Refondation avant les urnes

Après Paolo Raholinarivo, le Dinika ho an’ny Fanavotam-pirenena (DFP) a réclamé à son tour, hier à Antaninarenina, le report des élections prévues en 2027. Pour ce mouvement, les prochaines échéances électorales ne devraient être fixées qu’après le processus de concertation nationale et de réformes constitutionnelles. Cette position relance le débat sur le calendrier de sortie de la transition.

Priorité absolue à la Refondation, avant de se rendre aux urnes. Par la voix de Maharavo Rato­lojanahary, dit Doudou, Dinika ho an’ny Fanavotam-pirenena (DFP), demande également le report des scrutins programmé fin 2027. Le mouvement estime que les élections ne doivent intervenir qu’au terme d’un processus de transformation institutionnelle, dont la concertation nationale constituerait le point de départ.
« Nous demandons le report des élections afin que nous puissions nous consacrer à la Refondation à la base. Une fois la Concertation nationale achevée, nous procéderons à la rédaction de la Constitution. Ce n’est qu’après que la date des élections devrait être fixée », déclare Maharavo Ratolo­janahary.
Pour le leader du DFP, la tenue des élections ne devrait donc pas répondre à une échéance prédéter­minée, mais dépendre de
l’avancement des réformes. Alors que la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) a déjà déclaré qu’elle sera prête à lancer les préparatifs des prochains scrutins, conformément au calendrier de sortie de crise constitutionnelle à Madagas­car. En mai, son président, Thierry Rakotonarivo, a évoqué la possibilité de tenir un référendum constitutionnel en juin 2027, suivi de l’élection présidentielle en octo­bre de la même année.
Pour le DFP, la disponibilité technique de la Ceni, ne suffit pas à justifier l’organisation des élections. « La Ceni affirme être prête, car c’est son travail, mais il s’agit d’une question politique », soutient Doudou.

Timing serré
La revendication du DFP intervient alors que l’articulation entre la concertation nationale et le calendrier électoral, soulève déjà des interrogations. La feuille de route de la Refondation, présentée en février, prévoit une succession d’étapes com­­prenant la Concertation nationale, la réforme de la gouvernance électorale, l’élaboration d’une nouvelle Constitution et l’organisation des élections en 2027.
Pourtant, selon le chronogramme de la concertation nationale proposé par le Conseil œcuménique des Eglises chrétiennes de Ma­da­gascar (FFKM), les résolutions des consultations ne seraient disponibles qu’ après mai 2027. Cette perspective laisserait ainsi peu de temps, pour traduire ces orientations en dispositions constitutionnelles avant le référendum.
Les appels au report posent ainsi la question de la conciliation entre les ambitions de la Refondation et les engagements relatifs à la durée de la transition. Le programme gouvernemental prévoit un transfert de pouvoir à des autorités démocratiquement élues dans un délai maximal de vingt-quatre mois, tout en reconnaissant que le calendrier pourrait être ajusté en fonction des résolutions de la concertation nationale.
En fait, si la Refondation est présentée par certains comme un préalable aux élections, c’est à partir de quels critères pourra-t-on considérer que les réformes sont suffisamment avancées pour permettre le retour
aux urnes ? En l’absence d’échéances clairement définies, la durée même de la transition pourrait devenir un nouveau sujet de divergence politique, qui pourrait entrainer d’autres crises…

Tivo Rasam/ NA

Partager sur: