Mercredi des idées en goguette: quand partir devient un projet de vie

Faut-il s’en inquiéter ? 950. C’est, en moyenne chaque an­née, le nombre de travailleurs malgaches qui s’envolent pour le Canada. Le chiffre a été avancé récemment par la Chambre de commerce et de co­opé­ration Canada-Ma­da­­­gascar lors de la signature d’un accord avec la ministre de la Fonction publique. Un nombre qui, à première vue, peut sembler modeste. Mais quand on sait que ces départs se font au compte-gouttes, au prix de sacrifices financiers, et surtout de rêves en­tiers mis en valise, cela donne à réfléchir quand même.

Il faut reconnaitre que la migration professionnelle a ses avantages, reconnaît d’ail­leurs la ministre. Elle parle notamment de transfert de compétences et de flux de devises. Un vrai levier de développement, dit-on, pour peu qu’il soit bien encadré. Mais tout le monde ne partage pas ce point de vue.

Car derrière ces chiffres se cache une réalité plus amère, celle d’un pays dont les jeunes et moins jeunes veulent partir. Pas pour visiter, pas pour étudier et revenir, mais pour fuir. Fuir le chômage, fuir la précarité, fuir un avenir flou. La file d’attente devant les annonces d’emplois à l’étranger en dit long. Et malheureusement Madagascar semble devenu une salle d’attente vers d’autres horizons.

Alors oui, on peut s’en inquiéter. On doit même. Comment expliquer que tant de jeunes et de nouveaux diplômés ne voient d’autre espoir que dans le départ ? Ce n’est plus un simple choix, c’est devenu une stratégie de survie ou plus encore une échappatoire. Et dans certains cas, une véritable fuite des cerveaux. Le pays forme, les autres récoltent et quand ce phénomène prend de l’ampleur, il faut commencer à se poser les bonnes questions.

Et pourtant, qui peut les blâmer ? L’île est belle, mais elle est dure. Le quotidien est incertain et les opportunités sont de plus en plus rares. Alors forcément, l’idée de tenter sa chance ailleurs séduit et parfois même au prix des sacrifices. D’autant plus quand on voit que ceux qui sont partis s’en sortent, souvent bien mieux qu’ici.

Mais faut-il pour autant laisser faire sans rien construire ici ? La réponse est non. Partir ne doit pas devenir la seule ambition possible. Il faut créer des alternatives locales et les responsables politiques ont leur part de responsabilité sur ce point . Des emplois dé­cents, des formations valorisantes, un environnement qui donne envie de rester. Voilà en gros. Il faut aussi penser aux politiques de retour : comment réintégrer ceux qui veulent revenir ? Que faire de leurs compétences acqui­­ses ailleurs ?

Cela dit, la migration professionnelle n’est pas un mal en soi. Elle peut même être une chance, si elle s’inscrit dans une vision plus large. Mais pour l’instant, elle ressemble davantage à un signal d’alarme. Un ap­pel discret, mais constant, d’une jeunesse qui dit : «Laissez-nous partir… ou donnez-nous une bonne raison de rester.»

Rakoto

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