Community managers pour des entreprises étrangères, monteurs vidéo pour des influenceurs à Dubaï, créateurs de contenu, rédacteurs ou experts en marketing digital, ils maîtrisent les codes du web. Grâce à des contrats parfois ponctuels, mais souvent bien rémunérés, ils parviennent à financer d’autres projets personnels ou professionnels. Discrets, travaillant dans l’ombre, ces nouveaux acteurs du numérique ont su se frayer un chemin dans un marché en pleine expansion, porté par la mondialisation et la digitalisation.
A 25 ans, Rindra est entrepreneure. Toujours connectée, dernier iPhone en main, elle a déjà l’allure d’une cheffe d’entreprise affirmée. Son métier ? Gérer la présence en ligne d’entreprises : réseaux sociaux, contenus, visuels… tout y passe. Sur LinkedIn, elle met en avant ses compétences en marketing digital. Et ça fonctionne. Les clients la contactent directement, sans passer par les étapes classiques d’un entretien d’embauche interminable avec un DRH. Il suffit d’un message : “Salut, ça va ? J’aurais besoin d’un visuel. Tu prends combien ?” Elle envoie son tarif, et le contrat est lancé. Pas besoin de formation poussée en graphisme pour elle : Rindra maîtrise des outils accessibles, qui lui permettent de produire rapidement des visuels percutants. Un simple projet devient ainsi une source de revenu. Et souvent, un contrat en appelle un autre : une entreprise lui demande ensuite de gérer sa page Instagram, de publier des vidéos ou encore de rédiger des articles. Le tout, depuis chez elle. Avec le temps, Rindra développe ses activités. Elle investit dans du matériel, et décide de s’entourer. Elle recrute quelques amies, dont des cousines, pour l’épauler dans son travail. Son entreprise prend forme, doucement mais sûrement.
Onja fait partie de ces nouveaux talents du numérique, en tant que monteur vidéo pour le web. Il exerce ce métier depuis trois ans. Son travail consiste à aider un milliardaire français, résidant à Dubaï, en réalisant les montages vidéo qu’il publie régulièrement sur ses pages YouTube et Facebook. Avec ce métier, il gagne en une semaine ce qu’il gagnerait en un mois en tant que salarié, ce qui l’a convaincu de se lancer dans l’aventure risquée du freelance. Risquée, car dans ce métier, il y a des jours avec et des jours sans, et le technicien doit se préparer à toute éventualité durant les périodes creuses. Malgré tout, cette opportunité en or qu’il a découverte défie la concurrence de manière impressionnante. “Je peux gagner entre 300 et 1000 euros par prestation. Il s’agit de réaliser des montages vidéo en fonction des besoins de mon client, et les prix varient également en fonction des vidéos qu’il me demande de faire. Je travaille également en tant que prestataire pour certaines entreprises locales, mais les tarifs sont revus à la baisse sur le marché national”, témoigne-t-il.
Nandrianina, de son côté, est diplômée en communication de l’université d’Antananarivo. Mais c’est grâce à sa plume et sa maîtrise du français qu’elle a trouvé sa voie : aujourd’hui, elle travaille pour une grande entreprise technologique basée en Australie, en tant que transcriptrice. Sa mission consiste à retranscrire et reformuler des interviews réalisées en français avec des clients. Une tâche exigeante qui met en valeur l’un des atouts majeurs des jeunes talents malgaches : leur aisance dans la langue de Molière. Comme beaucoup de travailleurs du web, Nandrianina ne reste pas seule : elle constitue rapidement une petite équipe pour l’épauler et lancer une activité de transcription structurée. “Ce que j’aime dans ce métier du numérique, c’est la liberté qu’il offre. On peut organiser son temps, se dégager des plages libres et faire autre chose. Moi, par exemple, quand je termine mes missions, j’aide ma sœur à gérer sa page de vente de vêtements en ligne”, confie-t-elle. Un métier en ligne peut ainsi en faire naître un autre. Dans une société où chacun cherche sa place, cette souplesse devient une véritable opportunité.
Malgré une connectivité encore faible, avec un taux de pénétration internet inférieur à 14%, Madagascar connaît un véritable essor du commerce électronique. Le pays séduit de plus en plus grâce à la créativité de sa jeunesse et à des tarifs imbattables qui défient toute concurrence. Ce qui peut sembler une dépense minime pour les entreprises étrangères représente une véritable opportunité économique pour ces jeunes en quête d’opportunités. Parmi les métiers du numérique les plus en vogue, on retrouve : community managers, développeurs web, chefs de projet digital, créateurs de contenu, rédacteurs, correcteurs, coachs e-sportifs, hackers éthiques, et bien d’autres encore. Le secteur est vaste : autant de métiers que de besoins. Les clients sont majoritairement étrangers, principalement en France, mais aussi aux États-Unis ou dans d’autres pays anglophones. Les missions sont souvent ponctuelles, mais la demande reste constante, permettant à ces jeunes talents du numérique de décrocher régulièrement des contrats et de faire leur place sur ce marché en pleine croissance.
Nambinina Jaozara




