Le président de la République, Andry Rajoelina, a inauguré hier une plaque commémorative dédiée au roi Toera et à ses deux chefs de guerre, au Mausolée d’Avaratr’Ambohitsaina. Après cette cérémonie solennelle, le cortège a pris la direction d’Ambiky, où les restes humains seront inhumés dans le tombeau royal.
Les trois crânes sakalava sont arrivés lundi soir sur le tarmac d’Antananarivo. Sous le regard bienveillant des passants et encadré par les forces de l’ordre postées le long du trajet, le cortège a quitté l’aéroport hier matin pour rejoindre le mausolée, où s’est tenue une cérémonie en présence de plusieurs membres du gouvernement, de parlementaires, d’autorités locales et de la famille royale du roi Toera.
Dans son discours, le président Rajoelina a souligné que le courage, la persévérance et le patriotisme du roi Toera constituent une empreinte indélébile dans l’histoire de Madagascar. «Le Mausolée d’Avaratr’ Ambohitsaina est, chaque 29 mars, un lieu de recueillement national pour rendre hommage aux patriotes tombés pour l’indépendance du pays. Pour que l’on n’oublie jamais le sang versé et les vies sacrifiées, afin que Madagascar retrouve sa liberté et son indépendance. Que notre présence ici en ce jour puisse permettre aux descendants de retrouver leur fierté, à la famille d’accomplir enfin son deuil, et aux défunts de trouver le repos éternel», a-t-il dit.
Dans la nuit du 29 au 30 août 1897, à Ambiky, le roi Toera et ses deux chefs de guerre avaient été décapités par l’administration coloniale française et leurs crânes ramenés en France comme butin de guerre. 128 ans plus tard, ces restes sacrés reviennent enfin en terre malgache.
Pour la famille Kamamy, descendante du roi Toera, cette restitution représente un moment historique et une source de réconciliation.
«Les conflits familiaux peuvent arriver. Nous espérons que le retour des crânes du roi Toera sur sa terre natale puisse ramener la paix et la réconciliation au sein de la famille Kamamy. Nous partageons le même tombeau royal. Il est difficile, dans ces conditions, pour une famille de rester divisée», confie Joe Kamamy.
Selon l’ambassade de France à Madagascar, cette restitution s’inscrit dans la dynamique initiée dès 2017 par le président Emmanuel Macron, qui a fait des restitutions un axe central pour apaiser les mémoires entre la France et ses partenaires africains. Cette volonté a été réaffirmée lors de sa visite d’Etat à Madagascar, les 23 et 24 avril derniers.
«La cérémonie sobre et émouvante de ce jour souligne l’importance des restitutions pour renforcer les relations bilatérales et avancer sur le chemin d’une mémoire partagée», confie-t-on.
A la demande des populations locales, le cortège funéraire fera des haltes à Antsirabe, Miandrivazo et Mahabo avant l’inhumation définitive à Ambiky, prévue pour le 12 septembre.
Joachin Michaël




