Mercredi des idées en goguette: Finalement, on réussit à s’adapter à tout

C’est peut-être ça, l’adaptabilité. Cette capacité presque innée qu’ont les Malgaches de transformer les contrariétés du quotidien en nouvelles habitudes. Comme si, finalement, la résilience faisait partie de l’ADN national.
Prenons un exemple récent qui est presque devenu rituel, à chaque matin, après la douche et le café, certains ne se dirigent plus vers la radio ni vers les journaux, mais directement vers la page facebook de la Jirama. La raison ? Connaître la liste des localités à délester. C’est la nouvelle « mé­téo quotidienne » des usagers, savoir à quelle heure la lumière
s’éteindra et à quel moment il faudra sortir les bougies ou recharger la batterie du téléphone portable. Le délestage n’est donc plus une surprise, mais un rendez-vous planifié, presque intégré dans l’agenda.
Et pourtant, avec les technologies numéri­ques, l’impact est encore plus sensible. Ceux qui travaillent à domicile doivent désormais organiser leur journée en fonction des coupures. Une réunion en ligne ? Il faut vérifier l’horaire du délestage. Une tâche urgente ? Il faut s’assurer que l’ordinateur ne s’éteindra pas avant la fin de l’envoi. C’est une gymnastique permanente où chacun jongle entre prises multiples, groupes électrogènes ou encore chargeurs de téléphone ou d’ordinateurs.
Mais l’adaptabilité ne se limite pas à l’électricité. Prenons les routes, par exemple. Quand un trou béant apparaît, la logique voudrait qu’il soit rapidement réparé. Oh que non, car dans la pratique, ce sont les automobilistes qui doivent développer des talents de pilotes de rallye pour éviter les nids-de-poule. Et lorsqu’un accident survient, c’est bien souvent le conducteur qui est blâmé, coupable de ne pas avoir
« su » manœuvrer à temps. Résultat : on apprend à mémoriser les emplacements des cratères routiers comme on apprend les paroles d’une chanson populaire. Il suffit de demander aux chauffeurs de taxi dans la capitale pour le comprendre.
Même scénario dans les transports publics. L’horaire et le stationnement des taxis-be? Une notion relative. On s’adapte à l’imprévisible avec les embouteillages, les pannes ou un détour improvisé. Les usagers patientent parfois des heures, mais finissent toujours par trouver une solution, à savoir monter sur un taxi-moto ou encore marcher un bout de chemin.
On sourit de ces anecdotes mais elles traduisent une ingéniosité face aux manquements structurels. A force de toujours s’accommoder, on finit parfois par banaliser l’inacceptable. Et c’est vraiment dommage car l’adaptabilité peut être une qualité admirable mais elle ne devrait pas devenir une fatalité.

Rakoto

Partager sur: