Recherches scientifiques: mise en valeur de l’oranger « Citrus voangiala »

Lors de la 7e édition du Salon de la recherche au service de l’économie et de l’emploi, qui s’est déroulée à Ankatso au début de ce mois d’août, Tokinirina Jérôme Andriamiharantsoa, un étudiant en Master 2 dans le parcours Gestion et valorisation des ressources naturelles de la mention Environnement de l’université de Vakinankaratra, a présenté les résultats de sa recherche portant sur l’étude de la valorisation économique et durable de l’huile essentielle du « Citrus voangiala », un oranger sauvage de la partie Est de Madagascar. L’étude souligne, non seulement sa variabilité chimique, mais également son impact sur l’environnement et la sécurité sanitaire. Interview

* Les Nouvelles : Pourquoi avez-vous choisi cette thématique comme recherche ?

- Tokinirina Jérôme Andriamiharan­tsoa : De nombreuses études ont montré des effets neurotoxiques et reprotoxiques chez l’homme et chez l’animal, même à faible dose de l’hexane. En 2024, les autorités européennes ont reclassé ce produit comme neurotoxique avéré et non plus suspecté. C’est la raison pour laquelle j’ai cherché une alternative plus sûre et plus durable à ce solvant. Les solvants verts, souvent biosourcés et biodégradables, sont recherchés pour leur moindre impact environnemental et leur sécurité sanitaire. L’huile essentielle d’un oranger sauvage de l’Est de Madagascar, très riche en limonène, fait ainsi l’objet de notre étude en tant que solvant d’extraction d’huiles végétales bio-alternative.

* Pouvez-vous décrire les étapes de votre étude ?

– La technique d’hydrodistillation par entraînement à la vapeur a été utilisée pour extraire l’huile essentielle contenue dans le geste du fruit du Citrus voangiala. Les amandes des graines de foraha (Callophyllumino­phyllum) séchées ont ensuite été broyées, puis macérées pendant 24 heures dans une solution riche en extrait de bile et de pancréas de bœuf. Cette technique facilite l’extraction des acides gras contenus dans les amandes. Nous avons ensuite utilisé un extracteur Soxhlet pour extraire les acides gras à partir d’échantillons préalablement traités par un processus continu d’extraction utilisant l’huile essentielle de Citrus voangiala.
Pour vérifier l’efficacité de notre huile essentielle, nous avons comparé les rendements d’extraction et effectué des analyses sur la chromatographie en phase gazeuse (CPG), ainsi que des études sur la qualité des crèmes à base d’huiles de Callophylluminophyllum.

* Quels sont les résultats obtenus ?

– L’étude nous a permis de montrer que l’huile essentielle du « Citrus voangiala » pouvait être utilisée comme alternative à l’hexane pour extraire les huiles végétales. Les résultats de la chromatographie en phase gazeuse (CPG) de l’huile essentielle ont montré qu’elle contient 91,81 % de limonène, le composé essentiel à l’extraction des acides gras.
Le rendement d’extraction de l’huile végétale de Callophylluminophyllum est de 3,2 % pour l’huile essentielle, contre 3,3 % pour l’hexane.
Il n’y a aucune différence significative entre les résultats obtenus à partir de l’analyse en CPG de l’huile végétale extraite avec l’huile essentielle du « Citrus voangiala » et de l’hexane. L’huile de Callophylluminophyllum est composée majoritairement d’acide oléique (40 %), d’acide linoléique (26,7 %), d’acide palmitique (14 %), d’acide stéarique (12,7 %) et de l’acide arachidique (0,5 %).
Les résultats de l’étude sur le vieillissement accéléré des crèmes préparées à partir d’huile de Callophylluminophyllum montrent que celles préparées à partir d’extrait d’huile essentielle du « Citrus voangiala » se conservent plus longtemps que celles extraites par l’hexane.

* Vos recommandations et perspectives suite à ce projet.

– Notre biodiversité est très riche, mais faute de moyens et de technicité, elle est souvent peu exploitée. Elle recèle pourtant un potentiel considérable dans différents secteurs, comme l’industrie pharmaceutique ou l’agriculture. La valorisation de notre ressource naturelle est primordiale avant que cette biodiversité unique au monde ne disparaisse à jamais.
Nous remercions l’Académie de recherche et de l’enseignement supérieur (ARES) ou de Belgique d’avoir financé cette étude.

Propos recueillis par Sera R.

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