Quand El Hadary Raheriniaina, du haut de ses 19 ans, a foulé la pelouse face au FC Rouen (2-3) pour ses débuts avec Valenciennes, il n’a pas eu besoin de longs discours. Quelques touches de balle, un dribble soyeux, et le public du Hainaut était déjà conquis. Trois matches et deux buts plus tard, ce jeune Malgache a transformé les terrains de la 2e division française en son aire de jeu, prouvant qu’il n’est pas qu’une promesse, mais un véritable crack prêt à enflammer l’Hexagone.
À Madagascar, cette éruption de talent ne surprend personne. Sur la Grande Île, les supporters des Barea, l’équipe nationale, se délectent de sa classe depuis qu’il a 17 ans, lorsqu’il a enfilé le maillot national pour les qualifications du Mondial. Dans une interview publiée sur le site officiel de la Fifa (www.fifa.com), El Hadary, avec une décontraction qui le rend si attachant, partage : « Jouer pour mon pays, c’est une fierté immense. Je prends du plaisir, sans pression. Comme dirait Mbappé : ‘On ne parle pas d’âge !’ » lance-t-il, un rire dans la voix, bien conscient que son talent transcende les années.
Le football, chez les Raheriniaina, c’est une histoire de sang. Son père, Clauvis, a porté les couleurs des Barea, même s’il était « seulement remplaçant », précise El Hadary avec un sourire taquin. Son cousin, Anicet Abel, a marqué l’histoire en devenant le premier Malgache à disputer la Ligue des champions avec Ludogorets Razgrad. « Chez nous, le foot, c’est tout », résume-t-il sobrement. Mais ce qui impressionne chez ce milieu offensif, c’est sa capacité à canaliser cet héritage pour électriser les terrains, que ce soit à Valenciennes ou avec les Barea.
Quand les Barea jouent, Madagascar tout entier vibre. « Tout le monde regarde, ça nous donne une force incroyable », confie El Hadary dans l’interview FIFA. Cette énergie, il la transforme en exploits. Prenez son entrée explosive au Tchad (3-0) : en 20 minutes, il signe deux passes décisives, ses dribbles laissant les défenseurs dans le vent. « Contre le Ghana (1-0), on a dominé la deuxième période, j’ai failli marquer, mais ils nous ont crucifiés à la 90+6e », regrette-t-il, évoquant le but d’Iñaki Williams qui a renversé le match. Ce revers place les Barea deuxièmes du Groupe I, à trois points du Ghana, avec deux matches décisifs à venir.
Pour El Hadary, l’objectif est limpide : « On doit battre les Comores et le Mali. Le Ghana a les cartes en main, mais on va tout donner. » Une deuxième place pourrait ouvrir la voie à un barrage, et le jeune prodige est prêt à saisir l’opportunité. L’adaptation, c’est sa marque de fabrique. De Mahajanga aux Seychelles, où il a suivi les conseils paternels, jusqu’au Paris FC, il a appris à surmonter les défis. « La France, au début, c’était dur. La culture, les repas, le riz ici, ce n’est pas celui de Madagascar, et l’hiver… Mais je me suis accroché », raconte-t-il sur le site de la Fifa.
Prêté à Valenciennes après avoir ébloui avec les jeunes du Paris FC, El Hadary s’épanouit. S’il sait qu’il doit encore gagner en robustesse pour les duels, sa technique et sa vision font déjà des étincelles. Et il voit grand : emmener les Barea à la Coupe du monde 2026. « On a joué la Can en 2019, alors une Coupe du monde, ce serait incroyable », rêve-t-il à voix haute.
Recueillis par Naisa




