Madagascar figure parmi les pays les moins attractifs du monde pour les investisseurs étrangers, selon l’édition 2025 du Global Attractiveness Index (GAI).
Il s’agit d’un rapport annuel publié par The European House – Ambrosetti, un centre d’analyse économique basé en Italie. Cette étude internationale évalue la capacité de 146 économies à attirer et à retenir les investissements étrangers, à stimuler la croissance et à garantir un environnement favorable aux affaires.
Pour l’année 2025, Madagascar se classe 142e à l’échelle mondiale et 36e sur 38 pays africains évalués. Avec un score inférieur à 30 points sur 100, le pays est ainsi relégué dans la catégorie des économies dites “faiblement attractives”. Le classement repose sur plusieurs critères, regroupés en quatre grands piliers : l’ouverture économique, la gouvernance et l’efficacité institutionnelle, l’innovation et le développement durable.
Des performances structurellement faibles
Selon le rapport, Madagascar souffre de faiblesses persistantes dans la majorité des sous-indices évalués. Les experts soulignent notamment le manque d’efficacité gouvernementale, la faible innovation, ainsi qu’un retard considérable dans le développement du capital humain et l’accès aux technologies de l’information.
L’économie malgache reste peu diversifiée et dépend encore largement de secteurs traditionnels tels que l’agriculture et l’exploitation minière. Cette structure rend le pays vulnérable aux chocs extérieurs, notamment aux variations des prix des matières premières et aux aléas climatiques. Par ailleurs, les lenteurs administratives et la faiblesse du cadre réglementaire freinent l’investissement privé, tant local qu’étranger.
Un marché du travail peu productif
L’étude relève également que seulement 25% de la population en âge de travailler est employée dans des secteurs considérés comme productifs, tandis que le taux de chômage officiel s’élève à 10,5%. Le secteur informel domine toujours l’économie, absorbant une grande partie de la main-d’œuvre sans réelle protection sociale ni perspective de progression professionnelle.
Le Produit intérieur brut (PIB) par habitant, estimé à environ 550 dollars par an, demeure parmi les plus faibles du continent. Cette faiblesse du revenu moyen illustre la lenteur de la transformation structurelle du pays, malgré les efforts des autorités pour attirer davantage d’investissements et diversifier les activités économiques.
Des indicateurs macroéconomiques préoccupants
Sur le plan financier, l’investissement direct étranger (IDE) représente moins de 0,5% du PIB, un taux très en deçà de la moyenne africaine. Cette situation témoigne de la difficulté du pays à séduire les multinationales et les grands groupes internationaux, souvent dissuadés par un environnement des affaires jugé instable et par des infrastructures insuffisantes.
Parallèlement, la dette publique du pays continue de croître et dépasse désormais 60% du PIB. Cette charge limite la capacité de l’État à financer des projets d’envergure, notamment dans les domaines des infrastructures, de l’éducation et de la santé. L’espace budgétaire réduit contraint également les autorités à dépendre de l’aide internationale pour la réalisation de nombreux programmes de développement.
Faible performance dans l’éducation et la formation
Le rapport met aussi en lumière les défis du pays en matière de capital humain. Le niveau de scolarisation reste globalement faible, particulièrement dans les filières scientifiques, technologiques, d’ingénierie et de mathématiques (STEM), qui ne regroupent que 4% des étudiants. Cette situation freine le développement de l’innovation locale et la montée en compétence des jeunes générations.
Sans une main-d’œuvre qualifiée et adaptée aux besoins du marché mondial, le pays peine à attirer des entreprises à forte valeur ajoutée, notamment dans les secteurs des technologies de l’information, de l’industrie manufacturière ou des services spécialisés.
Instabilité chronique
Malgré ses importantes richesses naturelles, sa biodiversité unique et un potentiel touristique considérable, Madagascar n’a pas encore réussi à transformer ses atouts en leviers économiques durables. Les crises politiques à répétition, les tensions sociales et l’instabilité institutionnelle qui marquent régulièrement la vie nationale nuisent à la confiance des investisseurs étrangers.
Ces turbulences, combinées à des problèmes de gouvernance et à une perception de risque élevée, continuent de ternir l’image du pays sur la scène internationale. Les investisseurs étrangers privilégient alors des destinations africaines perçues comme plus stables et prévisibles, réduisant encore la capacité de Madagascar à se positionner comme un acteur économique compétitif.
Comparaison régionale : Maurice en tête, Madagascar à la traîne
À l’échelle du continent africain, l’île Maurice se démarque comme étant le pays le plus attractif, occupant la 76e place mondiale. Elle est suivie par l’Égypte et l’Algérie, classées respectivement 78e et 80e. Ces pays bénéficient d’un environnement d’affaires plus stable, d’une meilleure gouvernance et de politiques publiques favorisant l’investissement.
Madagascar, de son côté, figure parmi les derniers du classement, aux côtés du Libéria (143e) et du Burundi (144e). Cette position souligne les défis structurels persistants auxquels le pays doit faire face : une gouvernance économique fragile, un faible niveau de compétitivité, et un développement humain encore limité.
Un besoin urgent de réformes structurelles
Pour les analystes du Global Attractiveness Index, l’amélioration du positionnement de Madagascar passe par des réformes profondes. Celles-ci devraient viser à renforcer la transparence institutionnelle, à moderniser les infrastructures, à stimuler l’éducation et la formation technique, et à créer un climat d’affaires plus prévisible.
L’investissement dans le numérique et l’innovation, la simplification des procédures administratives et la stabilité politique sont autant de leviers identifiés pour rendre le pays plus compétitif à long terme.
Mais pour l’heure, le classement 2025 confirme une réalité : Madagascar reste encore en marge de la compétition mondiale pour attirer les capitaux et les talents nécessaires à son développement.
Tiana Ramanoelina




