Un mois après le mouvement « leo delestage » et la chute des institutions civiles, le colonel Randrianirina, figure centrale de la transition actuelle, s’est exprimé longuement sur les réformes à venir dans une interview télévisée dans la soirée d’hier.
Le colonel Michaël Randrianirina, Président de la refondation de la République de Madagascar, place les réformes institutionnelles au cœur de la transition. Il a rassuré de s’efforcer de mener le système de refondation dans deux ans. « Deux ans, c’est court pour une réforme constitutionnelle, selon l’OIF, mais nous faisons des efforts : il faudra trouver les financements », a déclaré le chef de la refondation.
Une grande concertation nationale sera lancée, d’abord au niveau régional puis national, sous la supervision du FFKM. C’est le FFKM qui s’en chargera, car c’est la seule organisation capable de dialoguer avec toutes les forces politiques et toutes les forces vives.
« La Refondation n’est pas réalisable en peu de temps, et nous ne pouvons pas le faire seuls. Tous les Malgaches doivent avancer ensemble pour mettre en place les réformes », a martelé le président de la Refondation. « Nous attendons la concertation nationale, où chacun participera. C’est de là que sortiront les véritables réformes », a-t-il poursuivi. Le souhait est que la volonté des Malgaches puisse émerger et être portée au plus haut niveau.
Il insiste sur un changement de mentalité : « Le principal mal du pays est la mentalité : corruption, perception erronée de la fonction publique… Sans rénovation morale et civique, aucune réforme ne tiendra. »
Un référendum constitutionnel est prévu à l’issue de cette concertation, puis l’élection d’un nouveau président.
Opposition et gouvernement : “La majorité des ministres sont des techniciens”
Face aux critiques visant la composition du gouvernement, le colonel Randrianirina assure que seuls cinq ou six ministres sont des politiciens.
Le Premier ministre a été choisi « pour son expérience », a-t-il affirmé, tout en accusant certains opposants de « chercher des postes au lieu de défendre l’intérêt général ».
Concernant le ministère chargé de la Refondation jugé inutile, Michael Randrianirina a souligné que c’est indispensable, le ministère chargé de la Refondation aidera le FFKM dans la concertation et dirigera les négociations. Aucune dépense supplémentaire du côté du budget de la Présidence. « Le budget utilisé reste inchangé, même si nous travaillons à cinq », a indiqué le Chef de l’Etat. La loi de finances a réduit le budget de la Présidence.
Enquêtes et perquisitions : « Pas de vengeance politique »
Les perquisitions visant des responsables de l’ancien régime se multiplient, mais le colonel nie toute motivation politique : « Je suis chrétien, il n’y a pas de vengeance. Les enquêtes suivent leur cours. Personne n’est au-dessus de la loi. »
Plusieurs dossiers sensibles sont cités : SMMC, SMGD, Jirama. Il confirme également que certains condamnés libérés « à tort » pourraient retourner en prison.
Jirama : une restructuration profonde mais un redressement long
Au sujet de la compagnie d’eau et d’électricité, il évoque une situation « extrêmement difficile ». Le conseil d’administration a été dissous et une restructuration majeure est engagée, notamment la réduction du nombre de directeurs adjoints.
Des investissements sont prévus : réhabilitation de groupes, achat d’équipements de 40 MW pour Antsirabe et Fianarantsoa, transition progressive vers les énergies renouvelables. « Le problème ne se résoudra pas en six mois. », souligne-t-il.
Les projets hydroélectriques « Volobe » et « Sahofika » sont toujours d’actualité, mais progressent au rythme de la normalisation diplomatique.
Le colonel assure que la Sadc, l’Union africaine et l’Union européenne avancent vers la reconnaissance du régime, l’Union Européenne ayant déjà recommencé à débloquer des fonds.
Kidnappings, incendies et tentatives de déstabilisation
Le président de la Refondation dénonce une recrudescence d’actes visant à déstabiliser le pays : incendies criminels, manipulation de syndicats, enlèvements. « De grosses sommes circulent pour créer le chaos. Nous nous y attendions », a-t-il affirmé.
Il assure néanmoins que les réformes se poursuivent. « Nous croyons en l’amour du pays chez les Malgaches, si certains politiciens se préparent pour les élections, nous nous concentrerons sur les réformes », a martelé le chef de l’Etat.
Vers une reconnaissance internationale
Madagascar est habitué à dépendre de l’extérieur. « Nous avons besoin de la reconnaissance internationale pour poursuivre les réformes. », a regretté Randrianirina. La Sadc est déjà passée ici, avec une prise de contact lors du sommet. L’UA également. Le pays avance vers la reconnaissance. L’UE commence à débloquer des financements. La reconnaissance interviendra bientôt.
Le colonel a conclu que Madagascar progresse vers une normalisation diplomatique : « Nous avançons. La communauté internationale comprend que notre objectif est la refondation, pas la rupture. »
N.A




