Face à l’avancée de la technologie, à l’essor des plateformes numériques et à l’évolution rapide de l’intelligence artificielle (IA), la filière ainsi que les métiers de la Communication sont-ils menacés ou devraient s’adapter aux nouveaux enjeux ? Regards croisés du docteur Andrianarisoa Juliana, spécialisée en Sciences de l’Information et de la Communication (Sic), également maître de conférences et enseignante au sein de Sciences et technique de l’Information et de la Communication (Sticom), à Antananarivo
*Les Nouvelles : Au début des années 1990, la filière communication n’intéressait pas vraiment les nouveaux bacheliers. Aujourd’hui, elle connaît un fort engouement. Qu’est-ce qui explique ce dynamisme, d’après vous ?
-Dr Juliana Andrianarisoa : En 1994, les cursus en communication ont été accessibles à l’université d’Antananarivo, plus précisément à la Faculté des lettres et des sciences humaines, grâce à la professeure Elisa Rafitoson et au professeur, Jean Jules Harijaona, considérés comme les pionniers de cette filière à Madagascar. A l’époque, le manque d’enseignants, de logistique ou de connexion limitait son attractivité. Aujourd’hui, elle est accessible dans les universités publiques et privées. Les écoles se multiplient, parfois en se proclamant spécialistes de la communication, pour attirer plus d’étudiants, ce qui crée de la concurrence. Mais ce dynamisme doit toujours s’appuyer sur la qualité d’une formation solide et approuvée.
*En fait, qu’est-ce que la communication ?
-La communication est avant tout une pratique de tout le monde. On ne peut pas ne pas communiquer. On connaît très bien les 5 W de Lasswell, qui constituent la formule de base. Mais au-delà, la communication est un processus dynamique, interactif et symbolique. Elle engage des dimensions relationnelles, cognitives et culturelles. Il ne faut pas la réduire à une simple transmission de messages.
*Quels sont les avantages d’étudier la communication ?
*Il y en a beaucoup. D’abord, le développement personnel : parler en public, gérer les relations interpersonnelles, renforcer l’esprit d’analyse et l’esprit critique. Ensuite, la communication ouvre sur de nombreux débouchés : médiatique, organisationnelle, publicitaire, digitale, événementielle… Elle permet aussi de comprendre les enjeux de pouvoir, de culture et d’influence derrière les messages, et d’être capable de s’adapter aux nouvelles technologies.
*Face à l’invasion de l’IA, quel avenir pour la filière et les métiers de la communication ?
-L’IA n’a pas de conscience, mais elle simule certaines formes d’intelligence humaine. Elle traite des données, mais la communication traite le sens. L’avenir réside dans une synergie entre intelligence humaine et intelligence artificielle. Les métiers vont évoluer, mais l’IA ne fait que réinventer la communication. Les formations doivent s’adapter pour créer une hybridation des compétences. Les métiers émergents exigent une véritable culture en sciences de la communication, pas seulement des connaissances informatiques.
*La communication et l’IA sont-elles compatibles et complémentaires ?
-Elles ne s’opposent pas. L’IA prolonge les capacités de la communication humaine et accélère les processus de création. Leur complémentarité repose sur l’équilibre entre la puissance algorithmique et la conscience humaine. L’IA n’existe pas sans données. Et la communication constitue son socle.
*Quels sont les enjeux et finalités au-delà des métiers ?
-Les enjeux tournent autour de la place de l’humain dans une communication automatisée, de la lutte contre la désinformation et de la préservation de l’éthique. Les finalités, elles, concernent la transparence, la diversité des voix et le maintien de la communication humaine. L’objectif est clair : mettre la technologie au service de l’homme et non l’inverse.
Reccueillis par Sitraky Ny Avo Edena Nifaliana




