Le secteur privé, moteur incontournable de la relance économique

Dans un contexte de transition politique et économique, le gouvernement multiplie les concertations avec les acteurs économiques. Fiona Tsiranana, Présidente du FOM (Fikambanan’ny Orinasa Malagasy), revient sur le premier dialogue de haut niveau avec le Premier ministre Herintsalama Rajaonarivelo et expose sa vision des défis et des opportunités pour les entreprises malgaches. Elle salue une relation public-privé en nette amélioration.

Un dialogue fondateur pour une alliance stratégique

Q : Comment s’est déroulée cette première rencontre avec le nouveau locataire de Mahazoarivo ? Quel en était l’objectif principal ?
F.T. : Nous nous sommes réunis le 31 octobre au Palais de Mahazoarivo avec le Premier ministre et les représentants des principales organisations patronales. L’objectif était de jeter les bases d’un partenariat renforcé et structurel entre l’État et le secteur privé, afin d’orchestrer la relance économique du pays. Cette rencontre visait à poser les fondations d’une stratégie commune. Notre conviction est claire : le secteur privé doit être placé au cœur de la relance économique et du développement de Madagascar, en général.

Q : Le Premier ministre a évoqué la relance comme une priorité absolue. Comment cette ambition a-t-elle été présentée ?
F.T. : Nous nous sommes réunis le 31 octobre au Palais de Mahazoarivo avec le Premier ministre et les représentants des principales organisations patronales. Le FOM a également été reçu hier. Dans les deux cas, l’objectif était identique : jeter les bases d’un partenariat renforcé et structurel entre l’État et le secteur privé, afin d’orchestrer la relance économique du pays.
Le Premier ministre nous a affirmé clairement que le changement commence maintenant. Selon lui, Madagascar doit changer de modèle économique : passer d’un système de rent-seeking economy (économie de rente) à une profit-making economy, une économie qui crée réellement de la valeur, des revenus et de la compétitivité.

Il nous a reçus avec une véritable ouverture et une écoute attentive des besoins des TPE, des coopératives, des clusters et de tous les acteurs économiques. Pour nous, cette vision confirme une conviction essentielle : le secteur privé doit être placé au cœur de la relance économique de Madagascar.

Des engagements réciproques et des attentes concrètes

Q : Comment le secteur privé a-t-il accueilli cette proposition de collaboration renforcée ?
F.T. : Les représentants du GEM, du FIVMPAMA et du FOM ont réaffirmé leur pleine mobilisation pour travailler en étroite collaboration avec l’État. Le Premier ministre a, de son côté, rappelé que ce partenariat devait s’appuyer sur des principes fondamentaux : la transparence, la bonne gouvernance et la lutte contre la corruption. Ces valeurs sont présentées comme le socle indispensable pour qu’une croissance future profite équitablement à la population et soit durable.

Q : Des demandes précises ont-elles été formulées par le secteur privé lors de cette rencontre ?
F.T. : Les opérateurs économiques ont exprimé une priorité unanime : la réforme du système fiscal. Nous estimons qu’une refonte profonde est nécessaire pour le rendre plus lisible, équitable, adapté et incitatif. Cette réforme est perçue comme une étape cruciale pour assainir durablement le climat des affaires, attirer de nouveaux capitaux et accompagner les réformes structurelles.
Vers une nouvelle ère de coopération

Q : Cette réunion marque-t-elle un tournant dans le dialogue État-secteur privé ? Peut-on s’attendre à d’autres rendez-vous ?
F.T. : C’était une étape fondatrice. Cette rencontre a permis d’instaurer un cadre de dialogue renouvelé et constructif. Le gouvernement et le secteur privé ont démontré une volonté commune de collaborer plus étroitement pour assurer la transformation économique du pays. Les discussions se poursuivront afin que cette alliance stratégique se concrétise par des actions bénéfiques pour toute la nation.

Q : Quelle est la vision et quelles sont les valeurs cardinales du gouvernement de la Refondation pour les mois à venir ?
F.T. : Le Premier ministre a rappelé que l’action du gouvernement s’appuierait sur des valeurs essentielles : le respect mutuel, la solidarité et l’unité nationale. Ces principes doivent guider l’engagement de chacun pour accompagner la transformation du pays. Le gouvernement réaffirme ainsi six priorités absolues : une lutte intransigeante contre la corruption, une gouvernance exemplaire, une transparence totale, la promotion du travail bien fait, l’encouragement de l’innovation, et une coordination rigoureuse pour plus d’efficacité.

Ensemble, en faisant de ces valeurs le socle de notre action commune, nous pourrons renforcer notre cohésion, servir l’intérêt général et construire un avenir plus prospère pour Madagascar.

La table ronde économique 2025 : un nouveau paradigme

Q : Comment la table ronde économique 2025 redéfinit-elle la place du secteur privé dans la stratégie de relance, au-delà du simple partenariat ?
F.T. : La TRE 2025 consacre une évolution majeure : le secteur privé n’y est plus vu comme un simple bénéficiaire, mais comme un véritable co-acteur et moteur de la relance. En mettant l’accent sur l’impact mesurable des entreprises, cet événement crée un cadre où les investisseurs deviennent des partenaires stratégiques dans la mise en œuvre des réformes. L’implication renforcée de l’Union européenne, notre premier partenaire économique, consolide cette dynamique en prônant une approche basée sur les résultats, l’innovation et la co-construction de solutions durables.

Regard d’entrepreneure : défis et potentiel inexploité

Q : En tant que cheffe d’entreprise dans l’artisanat et l’exportation, quels sont vos principaux défis ?
F.T. : Aujourd’hui, les produits malgaches peinent encore à percer au-delà de certaines niches, alors que notre potentiel d’exportation est immense. Nous pourrions, par exemple, conquérir bien davantage les marchés européens. J’ai personnellement vécu cette frustration : un client potentiel, venu avec un catalogue pour passer commande, a dû se rétracter au dernier moment après avoir comparé nos prix avec ceux pratiqués en Asie. Cela illustre le défi de compétitivité que nous devons relever collectivement, en améliorant notre productivité, notre logistique et notre accès aux financements. Notre savoir-faire artisanal est un trésor ; il mérite d’être valorisé à sa juste hauteur sur la scène internationale.

Tiana Ramanoelina

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