Refondation nationale: les jeunes dénoncent leur marginalisation

Lors d’une rencontre entre les autorités et les jeunes hier à Ankatso, de nombreuses voix jeunes ont dénoncé la faible participation de leur génération aux affaires publiques, alors même que les trois quarts de la population malgache sont des jeunes. Selon eux, leur implication reste symbolique : « les jeunes ne sont écoutés que de loin », ont-ils affirmé, regrettant que les sacrifices consentis pour attirer l’attention des responsables n’aient jamais été suivis d’effet. Ils estiment avoir été utilisés comme un simple « marchepied politique ».
Deux mois après la formation du nouveau gouvernement, les représentants de la jeunesse parlent encore d’un « changement de façade ». Ils dénoncent la faiblesse du Conseil des jeunes, toujours placé sous la tutelle du ministère, ainsi que l’absence de cadre légal pour les réformes annoncées. Ils déplorent aussi leur exclusion du récent forum national.
Les organisations de jeunesse réclament ainsi la création d’un dispositif institutionnel autonome, dirigé par les jeunes eux-mêmes, afin de leur permettre de prendre part pleinement aux décisions nationales. Elles demandent la valorisation des jeunes diplômés, l’inclusion de toutes les forces vives dans la refondation du pays et la mise en place d’un comité national indépendant pour organiser la concertation nationale, avec un objectif : garantir la transparence et renforcer la présence des jeunes dans la vie politique.
Le ministre de la Jeunesse, Alain Désiré Rasambany rappelle de son côté que la refondation est un processus de long terme visant à reconstruire un pays « abîmé » et qu’une Politique nationale de la Refondation a déjà été adoptée. Selon lui, « les préoccupations des jeunes ont été intégrées aux discussions du Conseil des ministres ». Un comité de pilotage, rassemblant représentants économiques, sociaux, culturels, religieux, de la diaspora et des universités, doit être mis en place. Les consultations débuteront à la base, dans les fokontany, afin de recueillir les attentes de la population. L’objectif affiché est de co-construire le futur de Madagascar, en changeant aussi les mentalités, condition jugée indispensable pour réussir la refondation.
Les jeunes, souvent décrits comme «méfiants», estiment toutefois que le changement réel n’est pas encore enclenché. Le ministre de la Communication et de la culture, Gascar Fenosoa, rappelle que les structures actuelles ne sont que provisoires et que les décisions majeures relèveront de la concertation nationale, conduite non pas par le FFKM mais par un ensemble de représentants, dont les jeunes eux-mêmes.
Cette démarche doit aboutir à un nouveau calendrier pour la concertation, qui démarrera dans les localités et pourrait mener à une refonte constitutionnelle. Parmi les projets évoqués figure la création d’une « Assemblée des jeunes », destinée à renforcer la participation politique de la jeunesse, sans interférer avec les institutions existantes telles que le Sénat et l’Assemblée nationale.

N.A

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