Exigence de cohérence et de responsabilité

Les périodes de transition ou de réorganisation politique sont toujours des moments sensibles pour un État. Elles exigent, plus que jamais, de la clarté, de la cohérence et un strict respect des principes républicains. Plusieurs événements récents invitent à une réflexion sur la direction prise par la gouvernance actuelle, au regard des engagements publics de « refondation de la République ».
L’arrestation, intervenue à la veille des fêtes de fin d’année, de l’ancien président du Sénat et ancien chef d’Etat, Richard Ravalomanana, sur la base de qualifications pénales graves, a suscité des interrogations légitimes dans l’opinion. Sans préjuger de la procédure judiciaire en cours ni remettre en cause la présomption d’innocence, beaucoup s’interrogent néanmoins sur le contexte et le calendrier de cette décision.
Au-delà de ce dossier particulier, d’autres décisions alimentent un débat plus large sur la cohérence entre les annonces politiques et leur mise en œuvre. Certaines nominations à des postes stratégiques soulèvent des questionnements quant à l’adéquation entre les profils retenus et les exigences techniques ou éthiques de ces fonctions. La direction de l’Aviation Civile de Madagascar, par exemple, requiert une expertise spécialisée et une expérience confirmée, au regard des enjeux de sécurité, de conformité internationale et de crédibilité institutionnelle.
De même, la présence, au sein de l’appareil d’État, de personnalités ayant connu par le passé des situations judiciaires ou administratives complexes interroge sur les critères de sélection appliqués aux plus hautes responsabilités. Il ne
s’agit pas ici de juger des parcours individuels, mais de rappeler que l’exemplarité demeure un pilier essentiel de la confiance entre l’État et les citoyens.
Par ailleurs, certaines déclarations publiques attribuées à des membres du gouvernement ont été perçues comme susceptibles d’affecter le climat démocratique, notamment lorsqu’elles concernent les relations entre l’exécutif et les élus. Dans une République, le respect de la liberté d’expression, du dialogue politique et de la séparation des pouvoirs constitue une garantie fondamentale.
A cela s’ajoute un climat de terreur lié à des perquisitions répétées dont la régularité juridique est parfois contestée, notamment en l’absence de mandats clairement présentés. Lorsqu’elles sont justifiées par des motifs généraux, tels que la recherche d’armes ou de fonds supposés, sans éléments
précis portés à la connaissance des personnes concernées, ces opérations sont perçues comme attentatoires aux garanties de l’État de droit. Leur accumulation alimente un sentiment d’insécurité juridique et de pression, peu compatible avec
l’apaisement nécessaire à une période de refondation institutionnelle.
Face à ces préoccupations, le silence ou la retenue des institutions de régulation et de contrôle interpellent une
partie de l’opinion. La Haute Cour constitutionnelle, le Parle­ment et l’ensemble des corps constitués jouent un rôle central dans l’équilibre institutionnel. Leur mission première demeure la préservation de l’État de droit, indépendamment des conjonctures politiques.
Il serait illusoire de prétendre que les périodes antérieures de gouvernance étaient exemptes de critiques ou de dysfonctionnements. Les attentes de la population portent précisément sur une amélioration durable des pratiques publiques, fondée sur la transparence, la compétence et la responsabilité.
La refondation annoncée ne saurait se limiter à un discours. Elle se mesure aux actes, à leur cohérence et à leur conformité aux principes républicains. Dans ce contexte,
l’expression citoyenne, lorsqu’elle demeure respectueuse des institutions et attachée à l’intérêt général, ne constitue pas une menace, mais une contribution essentielle à la vie démocratique.
Madagascar a besoin de stabilité, de confiance et de repères clairs.
Ces objectifs ne peuvent être atteints que par une gouvernance exemplaire et par un dialogue ouvert entre l’État et les citoyens.
Le refus de la résignation, dans le cadre des lois et des insti­tutions, demeure une responsabilité collective.

Rakoto

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