Madagascar face aux crises : Un demi-siècle de non résilience économique

Malgré ses efforts pour se redresser, l’économie malgache peine à retrouver sa stabilité après de multiples crises. Après quatre crises politiques majeures, le pays a été durement affecté par des chocs mondiaux, notamment la pandémie de Covid 19 (2020) et les répercussions de la guerre en Ukraine (2022). Le septième Rapport National sur le Développement Humain (RNDH), publié par le PNUD en décembre 2025, offre un bilan détaillé de ces événements et de leurs impacts sur l’économie du pays.

Madagascar a traversé plusieurs crises politiques majeures au cours de son histoire récente, dont quatre principales sont identifiées par le PNUD : 1972, 1991, 2002 et 2009. La première crise de 1972 a été immédiatement suivie du premier choc pétrolier de 1973. Bien que ces deux événements soient de nature différente, leurs effets se sont cumulés, et le rebond du PIB n’a commencé qu’à partir de 1974. Après cette période de crise, le PIB a retrouvé son niveau initial au bout de deux ans et demi, mais la croissance post-crise n’a pas repris sa trajectoire précédente. La tendance reste en effet inférieure à celle observée avant les événements, et illustre la faible résilience de l’économie malgache face à ces chocs.

La deuxième crise en 1991 a été particulièrement longue à surmonter. Le PIB ne retrouve son niveau initial qu’au bout de cinq ans et demi, et la croissance post-crise reste longtemps inférieure à la tendance observée avant le choc. En 2002, le PIB revient à son niveau initial après deux ans, mais n’atteint pas la trajectoire prolongée de la tendance d’avant-crise. La crise de 2009 voit un redressement du PIB en deux ans et demi, mais là encore, la production reste en dessous de la trajectoire antérieure.

Le septième RNDH souligne que “les manifestations lors des crises politiques de 1972, 1991, 2002, 2009 ont fortement perturbé les activités économiques dans la capitale, Antananarivo, où sont basées, pour la plupart, les grandes unités industrielles et commerciales du pays. Compte tenu du poids économique de l’agglomération tananarivienne, ces évènements ont entraîné des contractions économiques successives, avec des baisses du PIB allant jusqu’à 15%, des pertes d’investissements et des tensions dans les relations et échanges internationaux du pays, etc.”

Outre les crises politiques, Madagascar a été affecté par des chocs pétroliers majeurs, en 1973 et 1979. La hausse du prix du pétrole a provoqué une forte inflation, déséquilibré la balance commerciale et accru l’endettement public. Ces chocs ont entraîné un ralentissement économique significatif. L’économie a également souffert de bouleversements monétaires, avec la dévaluation du franc malgache en 1987 et son flottement en 1994. Ces ajustements ont fragilisé la stabilité économique et limité la capacité de l’État et des entreprises à planifier efficacement leurs activités.

Plus récemment, Madagascar a été confronté à des chocs mondiaux. La pandémie de Covid 19 en 2020 a entraîné des mesures de confinement strictes et une baisse drastique de la demande. Certaines productions ont été arrêtées, provoquant une chute du PIB de 7,1% et des pertes importantes, notamment dans le secteur touristique. La guerre en Ukraine en 2022 a également eu un impact indirect sur l’économie, en perturbant les prix des matières premières et la stabilité globale.

Enfin, Madagascar reste extrêmement exposé aux catastrophes naturelles, en particulier les cyclones, qui frappent régulièrement le pays. Ces aléas climatiques affectent la production agricole et industrielle et pèsent sur l’économie nationale. Ils limitent la capacité du pays à retrouver durablement sa trajectoire de croissance après chaque choc.

À chaque crise, Madagascar a montré un profil de non-résilience économique, comme le souligne le septième RNDH. Concrètement, cela signifie que l’économie ou le secteur affecté ne parvient pas à retrouver son niveau de production antérieur et reste marqué par une croissance faible.

Le 7ᵉ Rapport National sur le Développement Humain (RNDH) de Madagascar offre une analyse stratégique clé pour l’avenir du pays. La dernière édition, publiée en décembre 2025, ne prend toutefois pas en compte les événements de septembre 2025, qui ont conduit au renversement du régime Rajoelina. Le rapport examine le profil de résilience de l’économie en s’appuyant sur la trajectoire du PIB depuis le début des années 1960, en se concentrant particulièrement sur les chocs ayant entraîné de fortes récessions.

Nambinina Jaozara

Partager sur: