Avec la refondation, Madagascar se trouve à nouveau à un tournant de son histoire. A l’issue des différentes concertations qui vont se tenir, les résolutions adoptées constitueront la base de l’élaboration d’une nouvelle Constitution et de ses institutions
C’est l’avenir constitutionnel du pays qui est en jeu. Il s’agira de définir quel type d’Etat veut-on, ou bien plus précisément, le peuple veut-il mettre en place ? C’est un choix fondamental car il s’agira de ne pas refaire les erreurs accumulées depuis l’Indépendance.
Grosso modo, dans le monde, il existe trois grands modèles d’Etat, à savoir, l’Etat unitaire centralisé, l’Etat régional et l’Etat fédéral. Il importe donc de savoir lequel est le plus adapté aux Malgaches. On ne pourra pas énumérer tous les avantages et les défauts de chaque modèle. On se contentera de citer leurs principales caractéristiques.
L’Etat centralisé, c’est ce qui se passe exactement aujourd’hui à Madagascar et cela depuis l’Indépendance. Le pouvoir central concentre presque tous les pouvoirs entre ses mains (l’argent, l’armée, la justice, les grandes décisions, …). Les régions attendent les ordres et les élus locaux n’ont ni moyens ni autonomie.
Ainsi, le président, qui personnifie le pouvoir central, contrôle toutes les richesses et toutes les institutions du pays. Et à la longue, comme résultats, il ne veut plus quitter le pouvoir, même quand le peuple le rejette. Dans ces conditions, les alternances démocratiques pacifiques deviennent impossibles.
A l’opposé de l’Etat centralisé, c’est l’Etat fédéral. C’est un système composé de plusieurs Etats indépendants, chacun avec sa propre constitution et ses propres lois. De nombreuses variances peuvent exister, mais en tout cas ils s’unissent dans un Etat fédéral commun pour faciliter le libre-échange et la libre circulation entre eux.
Toutefois, le fédéralisme pourrait renforcer les divisions régionales nées des rivalités nées entre provinces et fragiliser l’unité nationale car Madagascar est déjà une seule nation avec une même langue, une même culture et libre circulation naturelle sur tout le territoire. Un Etat fédéral risquerait d’accentuer les inégalités et les conflits internes sans oublier les dérives éventuelles.
Quant au dernier modèle, dans l’Etat régional, les régions prennent en charge la majorité des services publics (routes, écoles, hôpitaux, agriculture, pêche…). Le pouvoir central garde seulement la coordination nationale (défense, monnaie, diplomatie et contrôle de légalité).
Pour financer cette prise en charge, une grande partie des impôts reste dans les communes et le reste va aux régions. L’argent ainsi collecté va être directement utilisé sur place pour construire des routes, améliorer les écoles, équiper les hôpitaux, soutenir les paysans, … .
En fin de compte, les régions auront ainsi leurs moyens propres pour agir tandis que le pouvoir central gardera les ressources nationales comme les redevances douanières et les taxes sur les importations, pour lui permettre de remplir pleinement son rôle.
On a maintes fois constaté que quand un pays est mal géré, les frustrations économiques s’accumulent et elles finissent par exploser en une puissante crise socio-politique. D’où l’importance du choix qui va être fait. C’est tout l’avenir du pays qui est en jeu. Mais tout compte fait, en dernière instance, il appartiendra au peuple de choisir.
Ranaivo Lala Honoré




