Ouverture de l’année judiciaire 2026: la justice appelée à affirmer son indépendance

Pierre angulaire de l’Etat de droit, l’indépendance du pouvoir judiciaire, suscite constamment des débats sans fin. Dans leurs discours respectifs, des hauts responsables n’ont pas manqué d’aborder cette question récurrente, à l’occasion de la cérémonie solennelle d’ouverture de l’année judiciaire 2026, hier à la Cour suprême à Anosy.

Sans détour, le discours de la première présidente de la Cour suprême, Sophie Ramanankavana, a marqué les esprits. Elle a rappelé que le pouvoir judiciaire indépendant et impartial, à la fois un enjeu et un défi, constitue un pilier central de la confiance du peuple envers les institutions.
Selon ses attentes, « l’année judiciaire 2026 devra poser les bases d’une justice indépendante, reconnue et appréciée par la population », soulignant ainsi la nécessité de restaurer la crédibilité de l’appareil judiciaire dans un contexte de refondation nationale.
En marge de la cérémonie, la ministre de la Justice Fani­risoa Ernaivo a exprimé sa volonté de redéfinir la relation entre la justice et le pouvoir exécutif. Parmi les défis évoqués, prévenir le trafic d’influence et l’ingérence politique du pouvoir exécutif ou législatif.
« La justice ne saurait être un instrument de répression politique, mais doit rester un espace d’application impartial de la loi, fondé sur l’équité et le respect des droits », a-t-elle indiqué.

Question électorale

Devant la presse, la ministre de la Justice a explicitement abordé la question électorale en affirmant que la justice doit assumer pleinement son rôle dans le bon déroulement du pro­cessus électoral, afin de garantir des résultats acceptés par tous et de prévenir les fraudes en amont. Une déclaration lourde de sens dans un pays où les scrutins ont régulièrement été sources de tensions politiques et sociales.
Fanirisoa Ernaivo a insisté sur le fait que la lutte contre la corruption ne relève ni d’une vengeance politique ni d’une chasse aux sorcières. Selon elle, l’objectif est avant tout institutionnel : permettre au peuple malgache de bénéficier équitablement des richesses nationales. Elle a souligné qu’une justice indépendante et responsable en est le socle.

Affaires médiatisées

La ministre est également revenue sur plusieurs dossiers épineux. Concernant l’affaire d’Ambohimalaza, elle a reconnu que les premières enquêtes ont été bâclées ayant conduit à l’élargissement du champ d’investigations. Seul un nombre limité de personnes a été auditionné. Et la saisie antérieure de dossiers médicaux n’ont pas suffi, selon elle, à rétablir la vérité. Elle a annoncé qu’une nouvelle enquête de fond sera réa­lisée.
La ministre Fanirisoa Ernaivo a aussi évoqué l’affaire Marie Michelle Sahondrari­malala, députée élue à Fianarantsoa et ancienne ministre de l’Éducation nationale. Poursuivie pour détournement présumé de fonds publics et atteinte à la sûreté de l’Etat, l’ancienne membre du gouvernement a été placée en détention préventive. La ministre a indiqué que des éléments matériels accablants auraient été découverts, tout en rappelant que la procédure s’inscrit dans le cadre de la lutte contre la corruption et non d’un règlement de comptes politique.
En conclusion, la ministre de la Justice a tenu à rappeler que l’institution judiciaire ne se limite pas à traiter des dossiers médiatisés. Elle doit également répondre aux plaintes et attentes des citoyens lambda, con­dition essentielle pour rétablir la confiance entre la population et l’État.

T. Rasam

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