A Mahamasina, le stade Barea continue de traîner sa réputation de stade maudit. Alors que les supporters attendent toujours l’homologation Fifa qui permettrait enfin d’accueillir des matchs internationaux avec public, la réalité est cruelle : l’Etat, par son inertie chronique, a laissé passer une occasion en or de remettre le terrain en état avec une pelouse naturelle viable.
Au lieu de cela, le ministère de la Jeunesse et des Sports (MJS) semble s’orienter vers une solution hybride, plus coûteuse et moins maîtrisée localement, comme si l’on préférait brûler la chandelle par les deux bouts plutôt que de consolider ce qui marchait déjà.
Le rapport d’inspection d’avril 2025 établi par la société ProPitch est accablant. Lors de leur visite de suivi, les experts ont constaté que la pelouse, dominée par l’herbe des Bermudes (Cynodon dactylon), présentait une couverture herbeuse excellente sur toute la surface. Les efforts manuels du personnel, armé de moyens rudimentaires, avaient porté leurs fruits : le gazon progressait visiblement.
Mais le talon d’Achille restait le même qu’en février : l’absence totale d’équipements professionnels. Texture grossière, stolonification excessive, finition bâclée… tout cela parce que les machines indispensables – tondeuses à cylindre, aérateurs, scarificateurs, tracteur adapté – n’ont jamais été acquises.
ProPitch avait pourtant mis les points sur les i dès février : une liste précise d’équipements, des devis locaux pour un tracteur de 50 CV, des contacts en Afrique du Sud et au Maroc, même un devis complet depuis le Royaume-Uni avec frais de port inclus. Rien. Absolument rien n’a bougé du côté de l’Etat. Mickael Lauret, responsable de l’entretien chez Garden & Design, ne mâche pas ses mots : « Le matériel recommandé en février 2025, une partie seulement est arrivée en septembre. » Sept mois de perdu, alors que les experts estimaient que les machines les plus lourdes pouvaient être livrées en deux mois maximum.
Et pourtant, la solution était à portée de main. Toujours selon Mickael Lauret, « on aurait pu avoir l’homologation sous un mois avec 40.000 dollars d’engrais et
d’achats des matériels manquants ». Une somme modeste à l’échelle d’un budget public, mais qui aurait suffi à polir la pelouse naturelle jusqu’à la rendre conforme aux standards Fifa. Au lieu de cela, l’Etat a laissé pourrir la situation, comme on laisse une plaie s’infecter par négligence.
Car le vrai nœud du problème n’est pas la pelouse en elle-même, elle était sur la bonne voie. Le vrai problème, c’est le stade dans son ensemble. Mickael Lauret le dit sans détour : « La situation d’aujourd’hui est identique à celle de 2024. Le réel problème, c’est le stade ». Infrastructures non-conformes, sécurité insuffisante, autant de points noirs que les experts scrutent avec la plus grande sévérité. Homologuer une pelouse impeccable sans pouvoir accueillir de spectateurs, ce serait gagner la bataille et perdre la guerre. Un non-sens absolu.
En optant pour une pelouse hybride, le MJS semble vouloir contourner le problème plutôt que de le résoudre à la racine. Une décision qui sent le pansement sur une jambe de bois : plus chère, plus complexe à entretenir à long terme, et surtout, elle ne réglera en rien les déficiences structurelles du stade. Pendant ce temps, les Barea continuent de jouer à l’étranger, les supporters malgaches restent privés de grandes soirées footballistiques à domicile, et l’image du pays en prend un coup.
Naisa




